Christophe Bec & Przemysław Kłosin, Greenlander – t.01 : « Björn l’aimé des ours »

Christophe Bec & Przemysław Kłosin, Greenlander – t.01 : « Björn l’aimé des ours »

La concomitance entre la parution de ce récit et l’actualité qui anime la scène politique est singulière. Or, il faut prendre en compte le délai de mise en images d’un scénario, celui de son édition. De plus Christophe Bec précise, en pages intérieures, que cette idée d’un récit sur les derniers Vikings du Groenland lui trotte dans la tête depuis trente ans, alors qu’il était encore étudiant.

Björn est berger. Il vit éloigné de toute présence humaine en compagnie de ses brebis, de son chien et de son faucon. Cette existence lui convient parfaitement. Quand un mystérieuse prédateur décime son troupeau, il n’a d’autre solution que retourner au village de Brattahild où il pourra vendre ses fromages pour pouvoir, au moins, racheter une chèvre.
Il trouve une colonie viking qui survit difficilement, le ravitaillement n’arrivant plus de Norvège et une maladie faisant des ravages. Au large, des pêcheurs sont noyés par des baleines-tueuses. Quand leurs corps sont retrouvés sur la côte, les habitants comprennent que la famine va s’installer. De plus, Björn perçoit une menace sourde…

C’est Eirikr le Rouge qui installe une colonie sur cette immense terre qu’il appelle Groenland, la Terre verte. Il pense alors que des colons auront envie de venir si ce territoire porte un joli nom. Mais au XIIIe siècle, le froid s’installe et la colonie s’étiole. C’est en 1261 que cette terre passe sous la férule norvégienne. La glaciation anéantit les élevages, dernier rempart contre les privations, dans un pays totalement isolé. La famine s’installe, les dérives sociales s’accentuent et les derniers Vikings vont être la cible des Inuits. Ces derniers prospèrent, ayant su s’adapter à l’évolution climatique.
Avec ces données historiques, Christophe Bec propose un récit mêlant aventures, chroniques sociales, avec une part de fantastique. Il illustre également les oppositions entre les tenants du respect des dieux anciens et un christianisme hargneux.
Le métier de berger est fort bien décrit, comme le désarroi d’une population qui comprend qu’elle a été abandonnée. Pour faire vivre ce récit, le scénariste conçoit une galerie de personnages représentative d’une telle collectivité, à cette époque.

Le dessin de Przemyslaw Klosin est très réaliste et rend visible les émotions qui bouleversent la population. Que ce soit avec les humains, les animaux, il donne de belles vignettes, rend le tonus des actions et fait vivre les sentiments de ces Vikings.
La couleur est le fruit du beau travail de Julia Pinchuk qui rend palpable la grisaille de ce pays, les teintes ternes des oripeaux des derniers habitants.

Un premier tome qui se clôt sur un dénouement tragique, et fait attendre la suite avec une belle impatience.

Christophe Bec (scénario), Przemysław Kłosin (dessin) & Jukia Pinchuk (couleurs), Greenlander – t.01 : « Björn l’aimé des ours », Oxymore, coll Fantasy – Aventure, janvier 2026, 56 p. – 16,50 €.

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