Christèle Jacob, Exposition – des délices, un lac, des vanités, un papillon…

Christèle Jacob, Exposition – des délices, un lac, des vanités, un papillon…

Christèle Jacob entre dans le paysage – qu’il soit du Lac du Bourget ou de territoires forains dont la Russie par exemple – , tout en s’en dissociant le plus souvent avec les différents sépias des couleurs dont elle teinte ses prises ou ses matières picturales. Entre ses propres peintures ou ses photographies (dont cet art forme ses racines), les lieux sont doublés (inconsciemment ou volontairement) de mythologies de divers temps par des surimpressions, broderies avec des réminiscence (de Arrabal Bosch, Bruegel) pour interroger autant la beauté du vivant que la vanité, la métamorphose dans un baroque mesuré, incisif, drôle parfois. Jaillit l’arsenal d’une sorte de cabinet de curiosités in situ dans « l’Espace la traboule ».

Les éléments spatiaux deviennent des lieux incarnés et habités : on y pénètre, on y rentre en tension. Sans d’anecdote mais avec un sens de l’anecdote (des citations), avec de telles peintures, photographies, broderies, installations poétiques, l’image circule en liberté. S’y engagent tout le mental et l’émotion dans la conjonction photographie-espace. Parfois, Christèle Jacob croise le réel et une sorte d’ « abstraction » par effet de buée qui permet de comprendre à quel point nous sommes constitués de cette hybridation. C’est l’espace poétique par excellence.

Une telle artiste ne cherche pas la séduction mais une précipitation quasi picturale par effet de particules. La nature devient un champ magnétique d’une sensualité aérienne, diffuse. Demeure aussi une puissance tactile. L’artiste n’est pas dominée par le paysage. A l’inverse, elle ne cherche pas à le contraindre. Le fantasme est remplacé par le mythe. Er une telle oeuvre crée la véritable rencontre et la sortie du temps. Elle devient la recherche d’un parcours. C’est aussi une traversée, un gouffre de sensations. La gravité est là mais s’y renverse.

Tout le monde croit que c’est facile de se jeter dans une photographie mais c’est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Se projeter ainsi n’est possible que par moments – un peu comme dans l’amour. On pourrait croire que, l’ayant fait une fois, on peut recommencer à volonté. Hé bien non – sauf à tomber dans ce que l’artiste refuse : le paysage comme décoration. Existe là une véritable rencontre avec le paysage. L’artiste brise la séparation entre l’être et le monde. La photographie devient une matière qui se travaille, s’organise, se reprend. On sent une circulation, une germination spatiale, un envahissement. Le paysage se fait contagieux. Il passe aussi par derrière celui qui le contemple. L’artiste jette le doute sur notre position habituelle en dérangeant nos repères. Nous devenons attentifs, soucieux même de la constitution du champ visuel.

Les propagations d’atmosphère ainsi créées le sont parce que l’artiste donne à ses travaux une énergie communicative. Son regard l’active dans la photographie ou la peinture si bien qu’elle pénètre en eux. La réciprocité devient contagieuse. S’ensuit un plaisir intérieur d’être dans l’élément spatial. Par ailleurs, la créatrice possède une manière particulière de consommer la lumière. Laquelle est inséparable de l’espace. Et ses éclairements ne sont évidemment pas de l’éclairage. La lumière « physique » est le signe d’une lumière intérieure. C’est inséparable, comme la forme spatiale qui n’est pas forme tout en étant une forme. L’œuvre demeure en conséquence flottante, jamais fixée. Ou si elle l’est, c’est dans son développement.

lire notre entretien avec l’artiste

jean-paul gavard-perret

Christèle Jacob, Exposition – des délices, un lac, des vanités, un papillon… , Espace la Traboule, Place Métropole, Chambéry, du 7 au 31 juillet 2025.

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