Benjamin Stevenson, Tout le monde dans ce train est suspect

Benjamin Stevenson, Tout le monde dans ce train est suspect

Après son exceptionnel Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu’un (10/18 n° 5968 – 2024), Benjamin Stevenson revient avec une nouvelle aventure d’Ernest Cunningham, son inénarrable héros.

Sur le quai de la gare de Berrimah, à Darwin, Ern est terrorisé quand Simone Morrison, son agente, lui demande comment se présente son nouveau roman. Son premier livre est le récit de ce qui s’est passé dans une station de ski, propriété de Juliette Henderson, devenue depuis sa compagne. C’est à ce titre qu’il est invité au festival australien du roman policier. Pour son 50e anniversaire, la manifestation va se dérouler dans quelques wagons du Ghan, un train qui traverse l’Australie dans sa largeur.
Or, si Ern connaît très bien toutes les règles relatives à l’écriture d’un roman policier, un roman à énigmes réussi, il n’a aucune idée d’intrigue ou de personnages auxquelles les appliquer pour son second livre.
Il va s’échiner à écrire, encouragé par Juliette et raconte toutes les péripéties qui se déroulent au cours de ce voyage, un voyage où sept écrivains montent dans le train. Cinq en sortirons vivants, l’un sera menotté…

Avec ce ton, quasi inimitable, fait d’humour et d’autodérision, de naïveté et de ruse, de candeur et de malice, l’auteur signe une nouvelle histoire absolument remarquable. Il fait référence à ses aventures ultérieures mais explore le monde de la littérature policière, les attitudes des romanciers, leurs requêtes, mais aussi leur fragilité et leur angoisse face aux demandes éditoriales… et le dessous des cartes.

Après une station de ski isolée par une tempête, le romancier retient le Ghan, cet express du désert qui relie Darwin à Adelaïde. C’est un voyage de presque trois mille kilomètres qui s’effectue en un peu plus de quatre jours. Cette ligne n’est pas électrifiée. Pour son intrigue, il imagine que le festival occupe huit des trente-cinq voitures, entre les espaces de rencontres, la restauration et le couchage. C’est l’occasion, tout au long du voyage, d’évoquer quelques sites remarquables traversés.
Autour d’Ern et de sa compagne, s’agite toute une population d’auteurs, d’éditeurs, de personnages liées de façon plus ou moins proche à l’édition, à l’écriture. C’est un salon du Livre en huis clos où les participants vont être confrontés à la mort de l’un d’eux. Ils sont tous des « spécialistes » de l’enquête. Et, pour Ern, endosser le rôle de détective va peut-être lui permettre de faire avancer dans la rédaction de son second roman.


Il évoque nombre de références à la rédaction d’un livre policier réussi, cite très régulièrement les règles d’écriture tout en peinant fortement pour faire avancer son livre. Le héros occupe toute la place, endosse presque tous les rôles étant le narrateur, l’observateur, l’acteur principal et l’enquêteur. Cependant, l’enquêteur est brillant même s’il mène ses recherches avec des méthodes peu orthodoxes mais efficaces sans, toutefois, pouvoir s’affranchir de dangers dont il fera des frais douloureux.

Un roman atypique qui emporte dans un univers qui paraît loufoque mais qui se révèle structuré de façon remarquable, où l’humour ne freine pas l’action. À lire et à relire car les textes que l’on parcourt trop vite pour connaître la conclusion que l’on subodore surprenante demandent une lecture plus apaisée pour en apprécier toute la verve et tout l’éclat.

Benjamin Stevenson, Tout le monde dans ce train est suspect (Everyone on This Train Is a Suspect), traduit de l’anglais (Australie) par Cindy Colin-Kapen, Éditions 10/18, n° 6082, coll. Polar, juin 2025, 408 p. – 9,20 €.

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