Chloé Delaume, Ils appellent ça l’amour

Chloé Delaume, Ils appellent ça l’amour

Il arrive que l’érotisme dégrade la femme, mais est-elle dégradée plus que le sacré ? Un doute subsiste. D’abord, l’utérus fut pour l’amant de Clothilde seul souverain. Il fit des deux le joueur et la jouée. L’être n’est donc jamais en dehors de l’érotisme. Souvent néanmoins, Mathilde est mal engagée tant elle est prise dans ce piège jusque dans les derniers lignes de ce beau roman.

Clothilde a laissé ses amies organiser une escapade durant ce week-end de trois jours mais se retrouve dans une ville qu’elle avait rayée de la carte. Il y a vingt ans, elle a vécu avec « Monsieur » qui fit d’elle sa « Madame » sous prétexte de lui faire du bien. Elle se dépouilla d’elle-même, jusqu’à devenir un simple objet, mais un objet d’amour
Son assujettissement d’alors remonte : elle a encore honte, et elle a beaucoup de mal à découdre sa bouche pour parler de son histoire et à ses amies qui n’en connaissent rien : aucune ne se doute qu’à deux rues de leur location, dans son immense maison, habite toujours « Monsieur ».

Progressivement, Clothilde se libère de sa parole par la bande afin d’aider honte et mal aimance ou maltraitance à changer de camp. L’érotisme partagé se libère de la violence de la servitude, de l’assujettissement aux calculs. Désormais, la narratrice n’ignore pas jusqu’où elle peut aller. Cela oblige des accords estimés inavouables. Celle qui croit monter alors les marches d’un échafaud ose détruire son dieu que sa piété désigna de de toute sa hauteur. Mais, ici, l’érotisme appelle une nouvelle possibilité tout en achevant celui qui fut le bourreau d’une telle suppliciée.

jean-paul gavard-perret

Chloé Delaume, Ils appellent ça l’amour, Seuil éditions, 2025, 176 p. – 19,00 €.

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