Cécile Desailly l’attentive : entretien avec la photographe
Cécile Desailly refuse de barder le réel de plumes ou de bandages herniaires. Elle arrache ses œuvres au règne du spectacle même si au besoin ses prises jouent de la séduction. La photographe porte attention à ceux qu’on oublie parfois et crée un réalisme mâtiné de poésie. Basée sur le portrait, l’œuvre sort de l’anecdote psychologique pour donner à voir une beauté qui échappe aux masques.
L’artiste demeure singulière dans son déchiffrement des apparences collectives underground ou non. Son travail garde une rigueur et une précision rares. Il s’agit là de la meilleure utilisation des forces du réel pour le porter à une paradoxale pureté : de la confusion et de l’obscurité, telle une poétesse visuelle grunge, elle crée un supplément d’âme pour toucher les lieux impénétrables de l’être.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La photographie qui occupe aujourd’hui toute ma vie du matin jusqu’au soir et parfois même jusqu’à l’aube . Sinon, j’ai un chien et un chat qui ne connaissent pas la notion de grasse matinée.
Que sont devenus vos rêves d’enfants ?
Mes rêves d’enfants sont sur le point de se concrétiser
A quoi avez-vous dû renoncé ?
Je n’ai pas l’impression d’avoir renoncé à quelque chose car je suis toujours en évolution et puis j’ai appris au gré du temps à ne pas avoir de remords ni de regrets .
D’où venez-vous ?
Mon père est basque et ma maman de La Rochelle . J’ai vécu toute ma jeunesse en banlieue parisienne au sein d’un foyer modeste .
Qu’avez-vous reçu en dot ?
Mon ouverture et ma curiosité du monde qui m’entoure sont pour moi des dons car ils ne s’inscrivent pas dans l’éducation que j’ai reçue. Je suis une résiliante à vrai dire .
Un plaisir quotidien (ou non) ?
Mon plaisir quotidien est de me retrouver seule avec mon chien et mon chat sur le canapé fumant une cigarette et buvant un café .
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
On dit de moi que je suis mystérieuse, ce qui est pour moi un compliment mais sinon je ne pourrais pas vous dire ce qui me distingue des autres. Peut-être le fait de me trouver là où personne ne m’attend .
Comment définiriez-vous votre approche du portrait ?
L’approche du portrait consiste à faire ressortir l’âme des autres . D’aller au plus profond de l’individu, s’immiscer dans son jardin secret et en faire ressortir quelque chose de beau sans user de fards ni d’artifices .
Quelle est la première image qui vous interpella ?
La première image qui m’a interpellée, et j’étais toute jeune, est celle d’Omeyra Sanchez morte sous les yeux du monde entier en 1985. Le photographe ne s’en remettra pas et se suicidera quelques années après.
Et votre première lecture ?
J’aime relire Le Petit Prince car sons sens évolue au fur et à mesure des lectures .
Quel film vous fait pleurer ?
« Le Kid » de Charlie Chaplin : il est d’un humanisme hors du commun et c’est une ode à la vie comme le faisait si bien Chaplin.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Je ne sais pas … Je n’ai à vrai dire peur de personne, donc si le besoin d’écrire me vient, j’écris sans problème à la personne en question.
Lorsque vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Quand je me regarde dans le miroir, je vois une jeune femme qui a déjà un long parcours derrière elle mais qui finalement est au début d’une nouvelle vie grâce à la photo
Quel est pour vous le lieu mythique ?
Paris bien entendu ! C’est une ville a plusieurs facettes que j’apprends au fur et à mesure de mes sorties à connaître .
De quels artistes vous sentez-vous le plus proche ?
J’aime les audacieux et ceux qui créent leur propre univers et il y en a beaucoup, mais pour faire simple je dirais : David Lynch, William Klein, Agatha Christie, Charlie Chaplin, Andy Warrol, M. Parker, Prince, David Bowie, Mick Jagger etc….
Que défendez-vous ?
La cause animale me touche particulièrement : je suis devenue végétarienne par conviction mais toutes les causes sont justes à défendre quand il est question d’inhumanité, d’oppression et de violence Donc, en tant que photograph,e je suis prête à défendre toutes les causes .
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
J’ai toujours vécu l’amour comme un partage, donc je ne peux être d’accord avec l’auteur. J’ai été déçue et j’ai aussi déçu de mon côté, mais il y a toujours l’espoir de trouver sa moitié sans se torturer l’esprit .
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Il faut savoir dire Non …
Tu as oublié de me demander ce qui m’avait amené à la photographie et pourquoi j’avais choisi ce moyen d’expression.
Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 16 mai 2016.
One thought on “Cécile Desailly l’attentive : entretien avec la photographe”
Bonjour,
Je pense que lorsque l’on est résilient, ce qui est mon cas, on a une approche particulière de la vie, de ceux qui nous entourent et de ceux que l’on croise. C’est sans doute ce qui nous rend si mystérieux, n’est-ce pas Cécile ?
Prenez soin de vous et de ceux que vous ne connaissez pas encore.
François