Catherine Bruneau, Embrasser
Les amitiés particulières
Catherine Bruneau offre divers types de présentation de relations intimes. Elles sont de fait très fléchées : il s’agit de rencontres « parallèles » où se brisent les tabous de ce qui est normalement émis par la « normalité ».
Des lieux cachés se dévoilent, parfois le jour, parfois la nuit. Dans tous les cas, la créatrice scrute des bords qui sortent du passé empiétés dans un maillage. Les rapports sexuels suggérés ouvrent le monde pour le délivrer de bien des ombres. Les dérives s’affirment mais Catherine Bruneau choisit des images plus d’attente que de « consommation » en lieux clos ou ouverts.
Elles suggèrent aussi des espaces soufflés par des mouvances contagieuses. Une énergie est toujours prête à céder la place à la précision dont l’objet est la recherche d’un « même » en un intime ferme et fluctuant, furtif et évident. L’espace des poèmes – tels des tableaux – est spacieux, décomposé comme enlevé par une mouvance contagieuse. Les présences créent une énergie légère, aérienne et cèdent peu à peu la place à la précision dont l’avenir, le seul, est une ressemblance doublée de la fascination.
Bref, chaque toile ouvre une fenêtre. Nous avons besoin d’un ciel, d’une silhouette, d’un bruissement d’ « elle ». Car la conscience n’aime pas l’invisible, elle n’aime pas non plus se dissoudre, se confondre dans la relation plus troublante du baiser sous son apparent désir d’ « abstraire » un peu vers un espace qui ne peut se manifester que par lui. Il y a là des trajets et des contre-trajets : c’est l’histoire de la femme immense et intime. Serons-nous un jour au bout de tels indices ?
jean-paul gavard-perret
Catherine Bruneau, Embrasser, Encres Vives, n°544, Frontignan, 2025, 32 p. – 6,60 €.