Jean-Kristau, Albertine disparue
La geste, du vertueux
Sous pseudo (sans doute), Jean-Kristau est parti pour son livre d’une collection immense de photographies érotiques des années 1940 à 1980. Sur ce corpus et pour chaque image, il crée une série de recadrages et de fragmentations.
Par ses gestes il recompose son cabinet aussi bien de non curiosités que de la curiosité. Effaçant le préjugé selon lequel les êtres humains seraient « naturellement » attirés par le nu, l’auteur prouve que l’inconnu n’est pas à trouver dans le nouveau comme l’estimait Baudelaire.
Il démontre que la promesse du nu – même si elle fut déjà une promesse commerciale qui permet de se perpétuer – est vintage plus que la mode. Cela laisse les femmes déclassées par l’esthétique de ce temps. Mais elles ne sont ne sont ni vielles, ni dépassées ou obsolètes. Ce sont des péchés non contre la chair mais parfois contre l’art parfois en à peu-près.
Jean-Kristau a réussi toutefois un pari pascalien, là où l’infini réside dans le petit selon des styles (dé)vestimentaires qui redeviennent des objets de délectation. Leur temps de vision est sans doute élastique en fonction des obsession des « a-mateurs » qui, à l’innovation, préfèrent encenser le passé, ses pratiques, ses valeurs sous des formes variées parfois absurdes, exotiques mais toujours enchanteresses.
Qu’importe si l’Albertine de Proust est ici disparue. Elle est remplacée par ses clones peu sensibles aux risques de l’infortune de la vertu.
jean-paul gavard-perret
Jean-Kristau, Albertine disparue, éditions Adverse, 2025, n°112 p. – 30,00 €.