Camillo Sbarbaro, Le Paradis des lichens
Du peu, du tout
Camillo Sbarbaro cultive une affection marquée pour ce qu’on ignore, ne voit pas, bref pour le plus humble, le plus caché. Sa prose fragmentaire l’épouse et le lichen en est l’exemple parfait. S’accrochant partout, multiforme il fait son espérance des substances les plus diverses et s’enrichit d’une gamme de couleurs du blanc au noir.
Pour un tel poète, le lichen est un univers en soi et la plante de la « mémoire du monde ». Et le ramasser et le chercher revient à « d’abord récolter des lieux » qui sont sans frontière. Mais l’auteur y voit beaucoup plus car le lichen devient une « Manne » et aussi des écritures, crinières barbes, chevelures, paysages voire des systèmes stellaires et une Voie Lactée.
Si bien que toutes ces taches suffisent à la rêverie. Et pour Sbarbaro, il devient Le Livre, « le plus cordial, le plus spacieux ». Et une nouvelle fois, par le rien, son auteur va à l’essentiel, désapprend ce qu’on sait mais pour découvrir une façon de vivre par la contemplation d’un tel au monde.
jean-paul gavard-perret
Camillo Sbarbaro, Le Paradis des lichens, traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para, Éditions rehauts, 2025, 89 p. – 16,00 €.