Les justes (Albert Camus / Maxime D’Aboville) 

Les justes (Albert Camus / Maxime D’Aboville) 


© Sébastien Toubon

Un projecteur jette une lumière fugitive sur le côté de la scène : on identifie mal ce qu’il éclaire (des poupées, des membres de corps humains, peut-être rien). Un visage tendu apparaît au premier plan. A la faveur du retour de prison d’un membre de l’organisation révolutionnaire, le projet d’attentat est bientôt explicité. D’emblée, les différences entre les personnalités s’expriment sous la forme de conflits, d’abord entre le romantique fervent et le cynique efficace. 
Camus a une écriture simple et directe, qui s’illustre dans la formulation de dilemmes : y a-t-il des valeurs supérieures à l’impératif de changement de régime ou bien la révolution est-elle souveraine et par suite inamissible ? La justice peut-elle s’imposer par des moyens contraires à sa nature ? Les moments de stress durant les opérations sont l’occasion de confidences, concédées comme par effraction, dans lesquelles se jouent les identités. 

Le propos est simple, habité, structuré et vivace : on parvient assez vite à la mise en place de l’attentat. L’argument principal de la pièce pose la question des victimes collatérales, notamment lorsqu’il s’agit d’enfants. Peut-on perpétrer un attentat en sachant que des innocents y perdront la vie ?  L’objet de la pièce n’est pas de trancher les questions qu’elle pose, mais de montrer que tout engagement se vit comme une tension, comme la résolution précaire d’une difficulté qui laboure la conscience et mine nos élans. 
Le décor est peu identifiable, fait de tôles ondulées aux couleurs indistinctes. La déflagration est présentée comme un espace d’incertitude. En prison, c’est encore la question de la confiance et de la détermination qui est posée, puisque le terroriste est confronté à la possibilité de la clémence, contre son repentir. Son exécution est envisagée selon la logique paradoxale du sacrifice. La représentation est bien sentie, nourrie et dynamique ; elle épouse avec efficacité le texte. 

d’Albert Camus 

Mise en scène Maxime D’Aboville

Avec Arthur Cachia, Étienne Ménard, Oscar Voisin et Marie Wauquier. 

Costumes et scénographie Charles Templon, assisté de Pixie Martin ; création sonore Jason Del Campo ; toile peinte Marguerite Danguy Des Déserts ; lumière Alireza Kishipour. 

Au Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris 

Billetterie : 01 45 44 50 21, du lundi au samedi de 14h à 17h30, le dimanche de 13h à 17h30. https://www.theatredepoche-montparnasse.com/spectacle/les-justes/  

Durée 1h15. Du 2 septembre au 30 décembre, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h. 

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