Bettina Rheims, Heroïnes… Just Like a Woman (exposition)

Bettina Rheims, Heroïnes… Just Like a Woman (exposition)

Pour Bettina Rheims, photographier, c’est construire des flux, et montrer des crues là où le corps des femmes nage pour se débarrasser de la conviction qu’une phrase fait le beau temps. L’artiste accepte le refus de tout pacte avec la prétendue vérité. Mais ses oeuvres sont souvent les complices du désir qu’elle trahit. Elle rêve de le rassembler ou l’indétermine, le neutralise croyant donner corps. L’esprit des images tient lieu d’apparat plus ou moins chic. Mais c’est bien toujours le silence qui reste à dire.

Dans la Galerie Maruani & Mercier, Bettina Rheims expose deux nouvelles séries. « Héroïne » montre des portraits décalés de mannequins, actrices, danseuses qui sont représentées comme les plus belles femmes du monde (Milla Jovovitch, Natasa Vojnovic, Asia Argento, Laetizia Venezia, Rona Hartner). La créatrice les photographie en cherchant une beauté venue de l’intérieur.
Avec « Just Like a Woman », elle photographie pour la première fois ses modèles vues de dessus, les plaçant ainsi lors de la prise de vue dans un rapport de proximité et d’intimité encore plus étroit. Bettina Rheims semble saisir ces femmes au réveil le matin ou dans un moment entre-deux, celui d’une « beautiful agony », entre plaisir et extase.

L’expression de leur regard peut nous guider pour comprendre leurs sentiments intimes dans cet instant fugace. Ces femmes posent nues ou en lingerie, leurs joues sont rouges du trouble qui les habite et leurs peaux colorées porte des empreintes apparentes, telles celles de leurs sous-vêtements.
Le corps n’est plus idéalisé. Il est parfois non conventionnel pour se transformer en médium. La « corporéité » perturbe jusqu’aux modes d’expression des mouvements féministes. Mais surtout, par sa présence, il attaque à la morale officielle puisque, désormais, il est dégagé de sa couverture socialisante.

D’objet (de désir), la femme devient sujet opérationnel. Bettina Rheims en offre toute la problématique par ses images fractales. Elle et ses modèle créent une vision impressionnante qui déplace les frontières pour rendre compte du monde hors de ses règles. Si bien que la chaufferie libidinale est remplacée par la chauffe mentale afin que des limites soient franchies.

jean-paul gavard-perret

Bettina Rheims, Heroïnes… Just Like a Woman, Maruani & Mercier Gallery, Knokke (Belgique), jusqu’en mai 2026.

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