Bernard Swysen & Christophe Alvès, Nini Cordy 1949
Annie Cordy, héroïne d’un récit d’espionnage…
Porte de Namur, à Bruxelles, un homme est poursuivi par deux individus. Il ne faut pas qu’ils mettent la main sur ce que cet homme protège, sinon, lui et sa famille seront perdus. Il pénètre dans Le Bœuf sur le Toit, un cabaret. Là, il veut laisser un indice à Nini, la seule à qui il peut faire confiance. Il cache son message, mais rattrapé par ses poursuivants, il est tué par l’un d’eux. Ceux-ci trouvent le carnet de partition où une page a été arrachée et une trace du message. Ils font vite le rapprochement avec la meneuse de la revue. Le corps est découvert le lendemain. Il s’agit d’un trompettiste de l’orchestre, un dissident russe.
C’est pendant la répétition que la pièce de décor sur laquelle Nini est assise s’effondre et qu’elle trouve le message. Les notes, l’air lui semblent familières. C’est au matin, en écoutant sa mère faire le récit de la bataille qu’elle a menée la nuit contre deux hommes qui fouillaient l’atelier du père de Nini, qu’elle comprend la gravité de la situation. En pleine Guerre froide, elle va se retrouver au cœur d’une affaire d’espionnage internationale…
Leonie Cooreman, appelée Nini, a chanté et dansé dès son plus jeune âge. En 1949, elle n’est pas encore Annie Cordy, mais à 21 ans, elle est meneuse de revue au Bœuf sur le Toit, à Bruxelles. Nombre de personnages historiques se sont retrouvés chargés de mener des enquêtes, ont été impliqués pour solutionner des complots, résoudre des crimes. Aussi, pourquoi pas mettre en scène cette pétillante artiste dans le cadre de la Guerre froide ?
Les auteurs usent d’archives tant familiales que des médias, ainsi que de l’apport essentiel du témoignage de Michèle Lebon-Cooreman, à la fois, nièce, filleule, fille adoptive et proche collaboratrice de sa tante. Le scénario restitue cette jeune femme travailleuse, chaleureuse, portée par une joie de vivre qui deviendra sa signature.
Les auteurs offrent une reconstitution du Bruxelles d’après-guerre avec son art de vivre, ses cabarets, son ambiance.
À partir d’une œuvre perdue de Dimitri Chostakovitch, un compositeur russe à la carrière bien malmenée, l’intrigue fait suivre une course entre des agents soviétiques et des artistes de cabarets à la tête desquels se démène la pétulante Nini. Le ton est à la fois drôle et tendre, fidèle au personnage qui fait preuve d’optimisme et de légèreté face à l’adversité.
Le dessin de Christophe Alvès et les couleurs de Drac restituent avec brio ce Bruxelles de l’époque, avec les faits habituels d’une grande ville, les traces du conflit encore bien visibles. Les cabarets sont des lieux où s’oublient les années de privations, de douleurs. L’ambiance des rues, le quotidien de la famille, des danseuses, l’acharnement de ces espions russes, sont mis en valeur
Un dossier riche et précis, une documentation solide composée de photos, d’anecdotes, de repères biographiques apporte un complément essentiel.
À la fois chronique historique, récit d’espionnage et comédie populaire, ce one shot fait vivre les débuts d’Annie Cordy, sa famille haute en couleur, ses premiers pas sur scène, premiers pas qui la mèneront très vite à Paris. Cette histoire, riche en rebondissements, est remarquablement mise en images.
serge perraud
Bernard Swysen (scénario) & Christophe Alvès (dessin), Drac (couleur), Nini Cordy 1949, Éditions Anspach, avril 2026, 56 p. – 16,50 €.