Benjamin Stevenson, Lequel de ces dix suspects est le coupable ?
Une belle inventivité dans le crime en chambre close…
En prologue, Ernest, enfermé dans une boîte en acier, raconte qu’il lui reste quinze heures avant d’avoir épuisé son oxygène et de mourir. Il veut expliquer comment il est arrivé dans cette situation tout en respectant les règles qu’il a édictées dans ses précédents livres. Il veut tout dire pour que chacun puisse suivre son enquête, sauf le nom du meurtrier car, pour l’instant, il n’a pas résolu cette énigme. Il est là parce qu’il a tenté de braquer cette putain de banque et qu’il est entouré de neuf voleurs.
Tout a commencé quand Ernest et Juliette préparent leur mariage et cherchent un prêt pour financer l’ouverture de leur agence de détective. Jusqu’alors tous les établissements prêteurs ont refusé.
Ils sont à Huxley, invités par Winston Huxley de la Huxley’s Bank. C’est une petite ville fondée après que l’arrière-grand-père Huxley a trouvé un magnifique filon d’or. Lorsqu’ils se présentent, Winston leur intime de résoudre une énigme. Son frère cadet, Edward, a disparu. Or, il a changé les codes d’accès à la chambre forte, privant l’établissement des espèces nécessaires à son fonctionnement. Il demande de le retrouver très vite et il l’aidera à ouvrir son agence. Mais, bien entendu, rien n’est simple dans les affaires où s’implique Ernest…
C’est avec un plaisir renouvelé que l’on retrouve Ernest Cunningham dans une nouvelle affaire dont il est à la fois le héros, le conteur et l’auteur. Celui-ci, initialement, écrivait des ouvrages, édités à compte d’auteur, qui expliquait comment écrire des romans policiers. Il est un grand amateur des romans de l’âge d’or avec Agatha Christie, Ronald Knox… Il se trouve mêlé dans une première affaire de meurtre lors d’une réunion de sa famille dans une station de sports d’hiver. Parce que le récit qu’il en a tiré a eu du succès, il participe à un salon littéraire dans un train où il doit identifier un assassin. Son ex-épouse, au début de l’Avent, l’appelle à son secours car elle est accusée d’un meurtre. Chacune de ces affaires se déroulent dans un cadre de huis clos.
Il se trouve, dans le présent roman, pris au piège d’un braquage alors qu’il devait résoudre une affaire de disparition mystérieuse.
Ernest est le héros et le narrateur, jouant une totale transparence, faisant participer ses lecteurs à ses recherches, ses fausses-pistes. Il révèle les preuves qu’il peut accumuler contre des suspects. Or, malgré cela, la conclusion reste étonnante.
Dans le présent roman, dans ce vase clos qu’est cette banque dont personne ne peut sortir, où personne ne peut entrer, il installe une galerie de dix voleurs, des voleurs de choses les plus diverses, dont un assassin. Avec cette population, plus quelques éléments, il concocte un véritable puzzle de gestes, de sentiments plus ou moins honorables, de perceptions, d’émotions, d’actions, d’agitations. Et le romancier n’épargne pas son héros, avec une propension à le bousculer sans ménagement.
Le ton du récit, outre la tension de l’intrigue, baigne dans un humour constant. Le texte de Benjamin Stevenson est agrémenté de remarques cocasses, de traits d’esprit, de situations drolatiques, d’analyses de faits, sans nombre. Il faut être attentif quand ils surgissent. Par exemple, pour décrire l’évolution de Huxley, il indique : « Tous ces nouveaux habitants avaient besoin de services. Un docteur, puis, assez rapidement en raison de la qualité des soins médicaux, un croquemort.«
Il ne faut pas passer à côté de ces livres d’un auteur qui continue de bousculer l’art du roman policier avec sa propension à s’adresser en toute transparence à ses lecteurs tout en installant une intrigue d’une grande subtilité.
serge perraud
Benjamin Stevenson, Lequel de ces dix suspects est le coupable ? (Everyone in This Bank Is a Thief), traduit de l’anglais (Australie) par Cindy Colin-Kapen, Sonatine, juin 2026, 448 p. – 23,90 €.