Benjamin Kunkel, Indécision
Ce premier roman d’un jeune auteur très engagé ne peut laisser en aucun cas indifférent
L’indécision, voilà un des principaux maux qui touchent la société actuelle, empreinte de doutes et de peur, surtout depuis le 11 Septembre. C’est sur ce postulat que Benjamin Kunkel se base pour présenter son remède miracle : l’albulinix, potion magique qui annihile toute forme d’indécision.
Dwight Wilmerding ressemble à Monsieur-tout-le monde. New-yorkais de 28 ans, fils de bonne famille ayant fait des études médiocres, il partage sa vie entre un emploi peu passionnant dans un laboratoire pharmaceutique, sa petite amie qui ne le passionne guère plus et ses amis et leurs cachets d’ecstasy.
Une vie ordinaire sans grande émotion, jusqu’au jour où il reçoit des nouvelles d’une ancienne camarade d’école, Natasha, partie depuis à Quito, en Équateur. Le déclic que Dwight attendait peut-être et qui l’invite à prendre enfin sa vie en mains et à se laisser tenter par l’albulinix pour vaincre son aboulie permanente, cause de son incapacité à prendre quelque décision que ce soit. En à peine quelques jours, sa vie va être bouleversée : il quitte sa famille, son travail, sa ville pour rejoindre l’objet secret de ses fantasmes en Amérique du Sud.
Dwight va enfin pouvoir vivre pleinement, donner un sens à son existence, éprouver des sentiments et voir naître en lui une véritable conscience politique. D’Américain moyen , il devient un citoyen responsable, désireux de changer les choses – ou tout du moins de ne plus les subir – en intervenant et en donnant son avis. En résumé, Dwight devient Benjamin. En effet, ce jeune auteur lui-même new-yorkais, est également critique littéraire et éditeur d’une revue culturelle et politique. Il envisage d’ailleurs de s’installer à Buenos Aires car aux États-Unis, pour tous ceux qui ont une conscience politique, qui croient à la séparation des pouvoirs, c’est une période difficile.
Sur le ton du sarcasme, Benjamin Kunkel s’adresse tout particulièrement à la jeune génération américaine, celle qui a vécu le traumatisme du 11 Septembre et a soutenu la guerre en Irak pour ensuite la condamner. Celle qui, à son goût, ne s’engage pas assez, se réfugie derrière la peur et se fie trop aveuglément aux dirigeants politiques de manière à se dispenser d’avoir à choisir et à s’impliquer dans la vie politique et sociale du pays. En bref, la génération qui n’arrive pas – ou plus – à prendre ses responsabilités, contrairement aux générations précédentes qui militaient contre la guerre du Viêt-nam ou prônaient la libération sexuelle.
Véritable coup de tonnerre outre-Atlantique, ce premier roman d’un jeune auteur très engagé ne peut laisser en aucun cas indifférent. Benjamin Kunkel a décidé d’écrire son roman sur une pointe d’humour pour le moins caustique pour dénoncer sans accuser ce manque d’engagement des jeunes Américains. Si la première moitié du roman est assez lente et longue à se mettre en place, en revanche la seconde est d’un rythme beaucoup plus enlevé. Le parti pris est plus engagé, et l’auteur délivre son message politico-social sans retenue, s’adressant à un public en quête d’un avenir mais en proie à d’innombrables doutes.
La littérature américaine s’est trouvée un nouveau meneur en la personne de Benjamin Kunkel, qui semble désormais décidé à se consacrer à l’écriture. Si le style manque encore un peu de punch et d’allant, ce premier ouvrage laisse espérer un bel avenir pour l’écrivain. Loin de chercher à critiquer vertement la société dans laquelle lui-même a grandi, il donne un réel espoir à toute une génération de trouver la force de participer à la vie sociale et politique du pays – voire de vouloir un jour changer les choses. Plus qu’un écrivain, Benjamin Kunkel pourrait devenir alors le guide et la référence de toute une génération « perdue ».
violaine cherrier
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Benjamin Kunkel, Indécision (traduit de l’anglais – USA – par Jean-Luc Piningre), Belfond, Août 2006, 340 p. – 20,00 €. |
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