August von Kageneck, La France occupée

August von Kageneck, La France occupée

Un bon livre inachevé

Sa mort n’a pas permis à August von Kageneck de terminer le livre que publient les éditions Perrin. Son étude sur l’occupation de la France par l’Allemagne nazie s’arrête en 1942. On le regrette d’autant plus que l’auteur livre un travail qui n’est pas seulement une synthèse, mais aussi une réflexion sur la complexité des comportements dans une période tragique.

August von Kageneck offre une vue d’ensemble, depuis les décisions stratégiques d’Hitler, jusqu’aux relations tissées entre les soldats allemands et les Français. De plus, l’auteur construit son livre à partir du regard des Allemands sur les Français, celui d’Hitler, de ses généraux et du soldat du rang. Cette démarche nous permet de sortir de l’atmosphère quelque peu étouffante qui entoure les études françaises sur cette période.

De fait, un personnage occupe une place importante dans le livre car il constitue, en quelque sorte, l’interface entre les dirigeants nazis et la population occupée. Il s’agit du général Otto von Stülpnagel, « prototype de l’officier prussien », selon Jean-Paul Bled qui signe la préface et la postface.

En effet, cet officier supérieur se trouve au cœur du mouvement de répression lancé par les Allemands lorsque la résistance communiste multiplie les attentats contre l’occupant. Son implication dans les exécutions comme son refus de la radicalisation à laquelle ses supérieurs de Berlin le pousse, en font un personnage d’une grande cohérence.

En analysant son attitude, l’auteur met en lumière la multiplicité des organes de décision (Hitler, Keitel, Himmler), les réticences des officiers à mener de « basses besognes », leurs états d’âme, leurs manœuvres pour ralentir certaines répressions (rien n’est fait en faveur des Juifs).

Le lecteur trouvera au fil des pages des portraits intéressants des principaux acteurs, de ces officiers qui aiment la France et peu Hitler, de ces diplomates ou hommes politiques qui croient pouvoir jouer un grand jeu (Abetz, Laval).

L’histoire que raconte August von Kageneck, outre celle des illusions de Vichy, est celle de la radicalisation de la Seconde Guerre mondiale qui, à travers l’exemple de la France, prend tout son sens.

En fin de compte, ce livre est fort utile. Ecrit avec une belle plume, et agréable à lire, il ne survole pas son sujet, ni ne se perd dans des détails fastidieux. Il favorise la réflexion. N’est-ce pas là une grande qualité ?

f. le moal

   
 

August von Kageneck, La France occupée, préface et postface de Jean-Paul Bled, Perrin, janvier 2012, 227 p.- 20,00 €

 
     
 

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