Arnaud Vasseux, Des creux étendus (exposition)

Arnaud Vasseux, Des creux étendus (exposition)

Les suspens d’Arnaud Vasseux

Arnaud Vasseux part toujours de matériaux basiques du bâtiment ou de l’industrie légère. Plus précisément, il choisit ceux qui se modulent : le plâtre, la résine, la fibre de verre. L’artiste attache en effet une grande priorité aux qualités physiques et chimiques de tels matériaux qu’il modifie à des fins inédites à travers ses manipulations « hors cadre ». Toutefois, ce travail d’emprise n’entre pas dans le schéma d’un « arte povera » mais plutôt dans celui du minimalisme. Par ses expérimentations « alchimiques » le créateur propose au spectateur une expérience inédite au sein d’une tension propre à créer des présences poétiques aussi prégnantes que minimalistes. Avec « Drop » (2006), une simple feuille de polypropylène « accoudée » à un mur crée une articulation de l’espace. D’autres sculptures semblent aussi inamovibles qu’éphémères dans leur simplicité, leur apparence de lambeaux de toile. Mais, de fait, la matière qui la remplace et la transgresse entraîne une métamorphose étrange aussi proche que lointaine.

De grandes tailles ou de volumes plus restreints surgissent des œuvres en forme d’érection et d’érosion, une manière de montrer et de cacher. Par exemple, l’effet de drap usé est contredit par la non malléabilité du matériau choisi afin de la fabriquer et de la contrarier.  Pour sa « Tour » composée d’un amoncellement de cartons élevé dans toute la hauteur d’une salle, un film plastique est tendu et l’entoure pour créer justement cet effet de citadelle que le titre indique. Par la tension et l’élasticité de son enveloppe, le volume babélien se cintre mais semble toujours sur le point d’exploser. L’ « objet » créé le semble recouvrir mais il devient lui-même sujet d’exposition. Tout se joue entre effondrement et surrection dans une approche déceptive mais saisissante. Emane aussi un jeu d’opposition entre concentration et rétention d’un côté, émulsion et de gonflement de l’autre. Ou encore de vide et de plein dans l’exposition de la galerie « White Project 1 ».

La fausse simplicité des constructions et transformations propose toujours un point de limite, un moment de rupture et de suspens où l’équilibre à tout moment semble pouvoir s’estomper comme si le geste de l’artiste était soumisà  la recherche de l’instabilité. D’où l’impression d’un « non fini » méticuleusement concerté. Vasseux donne l’impression feinte de « work in progress » dans ce qui pourtant est de l’ordre du plus abouti. Entre l’éphémère et le durable, l’élégance de la bribe, les images évidentes et latentes, la pulsion et la contrainte, la matière dure fait résistance tout en se présentant comme volontairement provisoire et titubante.
Le créateur donne de l’éternité à ce qui paraît un simple moment. Le présent devient un présent éternel. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’a point d’avenir. Au contraire. Là où le sublime côtoie le fragile dans le basculement sans cesse à venir, Arnaud Vasseux instruit une manière de lutter contre le temps ou de lui donner dans le plus éphémère une plus-value d’état pur.

jean-paul gavard-perret

Arnaud Vasseux, « Des creux étendus », du 12 janvier au 27 février 2013, Galerie White Projects 1, Paris IIIème

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