Anouk Shutterberg, 14 minutes 2 secondes
Un compte à rebours…
Deux semaines après des événements, dans un avion, une personne se réjouit. Elle est morte et savoure cet état de grâce.
À La Loubière, dans l’Aveyron, à 7 h 35, c’est la préparation pour la journée. Ariane et Rodolphe, les parents, boivent leur café. Lucien, leur cadet de douze ans dévale l’escalier et Daria, la petite dernière n’a pas ses lunettes. Flop, le labrador, est dehors. Mathilde, l’aînée, est encore à l’étage, le casque sur les oreilles.
Soudain, le portail s’ouvre. Ariane sort, voit un homme en tenue de chasse qui tire sur le chien et se précipite vers elle. Elle rentre vite et un nouveau coup de fusil percute la porte d’entrée. C’est l’affolement et Rodolphe appelle le 17. Il est 7 heures 45. Le compte à rebours est lancé. Ils ont 14 minutes et 2 secondes pour survivre. C’est le temps moyen pour une intervention des forces de l’ordre. Et ils vont devoir tenir car le forcené est prêt à tout et semble indestructible. Entre un passé qui resurgit, des secrets enfouis et leur peur, ils doivent repousser leurs limites.
La romancière construit son intrigue en trois parties. En alternant les scènes désordonnées de cette famille qui se défend comme elle peut, de nombreux flashbacks racontent le parcours qui l’a amenée dans cette situation. Dans une troisième partie, la romancière reprend les éléments et installe une nouvelle vision, une nouvelle version des faits. Si l’assemblage du passé et des premières minutes, avec la montée de la tension et l’épouvante de cette famille, est déjà un monument de suspense, la suite n’est pas en reste et montre une habilité exceptionnelle à construire un récit angoissant à souhait. Et la cohérence est là.
La galerie des protagonistes du drame est conçue avec recherche pour animer l’intrigue. Chacun trouve parfaitement sa place dans le cours du récit. Le passé est important pour les choix de vie, des choix subtilement mis en scène pour aller vers un dénouement presque machiavélique tant il est imprévisible.
Il ne faut pas occulter les remerciements d’Anouk Shutterberg qui valent leur pesant d’humour.
Avec 14 minutes 2 secondes, Anouk Shutterberg installe une mécanique impitoyable, une intrigue au déroulement implacable où des secrets tiennent une grande place.
serge perraud
Anouk Shutterberg, 14 minutes 2 secondes, Récamier, coll. Récamier Noir, février 2026, 368 p. – 20,90 €.