Anne Malaprade, Opération du Saint-Esprit
A la tire d’ailes
Le livre d’Anne Malaprade peut être compris par un agencement avec exonération de toutes idées de prébendes et de vol. Elle s’en tire d’ailleurs puisque cet acte se transforme pour elle en « mon désir vol d’oiseau et d’encre ». D’où cette étrange complicité et voire un arrangement. L’opération du Saint-Esprit donnée à divers rapines ou emprunts. Mais l’auteure – saluons son courage – trouve excuse à pis-aller. D’où la citation de Lou Andreas-Salomé mise en exergue : « Si tu veux avoir une vie, vole-là ».
Ce livre est en partie une forme de justification. Preuve que la vie dont nous héritons, celle qu’on nous donne ou fait, n’est pas la nôtre, et que seul nous appartient ce que nous avons dérobé à l’insu des autres ou contre leur gré.
L’affirmation reste plus que douteuse. Mais certains de ces textes (« Compulsion de la soie », « De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires ») rappellent tout ce qui, dans le vol, relève de la compulsion ou renvoie à une carence initiale. Et l’auteur parfois d’extrapoler : « on ne vole pas pour prendre aux autres, mais pour combler un vide dont le geste du vol, laisse présager qu’il persistera ». Elle creuse ainsi la question du manque, son impulsion, son sens déplorable et tragique.
Il est sublimé par la fin d’un tel livre et sa prière : « Délivre-moi du vol ». Le vol d’une certaine manière se vole lui-même, ouvre à la déroute existentielle en une telle investigation de cette thématique et les nœuds intimes que l’écriture gnomique tente de délier des brouillages, fulgurances, déroutes et abîmes. Mais reste alors la question essentielle en un tel livre : Que fait la parole ? Ici, c’est un énigme.
jean-paul gavard-perret
Anne Malaprade, Opération du Saint-Esprit, Éditions Tarabuste, 2025,164 p. – 15,00 €.