Dominique Sylvain, Une enquête d’Ingrid Diesel et Lola Jost – Le vin des sorcières

Dominique Sylvain, Une enquête d’Ingrid Diesel et Lola Jost – Le vin des sorcières

On retrouve, pour leur neuvième enquête, Ingrid Diesel et Lola Jost, ce couple quelque peu étonnant formé d’une Américaine d’une trentaine d’années et d’une commissaire en retraite au sein de sa soixantaine. Ingrid a beaucoup bourlingué avant de se fixer à Paris où elle exerce une activité de masseuse et d’effeuilleuse burlesque au Calypso, sous le nom de Gabriella Tiger. Quant à Lola, elle a du mal à se faire à sa retraite et apprécie énormément de pouvoir s’intégrer dans des affaires, attitude pas toujours très bien vue par les enquêteurs officiels.

Après son numéro, couronné de succès, Ingrid reçoit Timothy Harlen, le patron du Calypso, dans sa loge. Celui-ci paraît gêné. Il finit par lui dire qu’il vend le cabaret pour s’installer à Londres. Il lui propose de venir avec lui pour démarrer un nouveau challenge. Il souhaite qu’elle lui rende un service. Il faudrait qu’elle aille retrouver, dans l’Entre-deux-Mers, Karine Fareau, une vigneronne qui a repris le domaine de son père. Elle a monté un cabaret dans une grange retapée et souhaite dynamiser ses numéros.
Sur place, les deux femmes découvrent que Karine forme un couple avec Nadège Solin, la véritable vigneronne. Celle-ci a créé le Jus des sorcières, un vin original.
Très vite, elles perçoivent des tensions issues de vieilles querelles, de la concurrence entre domaines. Ingrid et Lola tentent de comprendre. Quand Nadège apprend qu’un homme est revenu vivre dans la région, c’est une nouvelle source de troubles pendant que son jeune frère tente de protéger une adolescente au caractère fantasque. Mais, quand un corps est retrouvé au pied du clocher…

Pour ce nouvel épisode, la romancière aborde le milieu viticole bordelais qu’elle explore sur les pas de ses deux enquêtrices. Elle évoque les difficultés d’exploitation de domaines, la recherche du produit qui permet de se démarquer de la concurrence comme ce vin des sorcières mis au point par le couple de viticultrices, mais qui est produit en faible quantité. Ella raconte aussi les secrets de famille, les menaces qui pèsent, les conflits larvés, les situations ambiguës entre générations. Elle met l’accent sur les indignités qui peuvent se perpétuer au sein d’un groupe, d’une famille. Ce sont aussi les rapports faussés, les non-dits, les rapports intimes et les rapports de force, les dépendances et les rancœurs recuites qui se transmettent et enflent.

Mais elle place également de bonnes doses d’humour avec les aléas vécus par les enquêtrices, les situations ambiguës qu’elles sont amenées à vivre, auxquelles elles devraient participer. Lola, à qui la romancière a fait faire un court séjour dans l’Éducation nationale, a pris le goût pour les citations, le respect de la syntaxe et les bons mots. Et elle ne se prive pas d’en faire usage.
Cette nouvelle enquête est un régal pour le rythme d’une intrigue nourrie de faits, hélas assez courants, pour le cadre et pour la mise en scène de ce couple de détectives attachantes au possible.

Dominique Sylvain, Une enquête d’Ingrid Diesel et Lola JostLe vin des sorcières, Éditions Robert Laffont, coll. La Bête Noire, avril 2025, 264 p. – 15,90 €.

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