Anne haut
L’air froid saisit ta peau et congèle tes songes. Les bouts de leurs phrases sont des cristaux : ils piquent ton nez. Tu te replies, mais un rhapsode te regarde (au lieu de t’éteindre). Mais tu sens que sa goutte d’amant, ou un extrait, va te remettre sur pied. Il n’y aura plus un morceau de gel minuscule dans ton corps. N’oublie pas toutefois que tes jours anciens recueillent ton salut à défaut de promesses.
Il te reste tant de questions mais chéris à l’envers le progrès. Plus tu recules avec ce chanteur, plus tu savoures quelques morceaux de bleu du ciel. Te sens-tu appelée ? Et à quelle adresse ? Reste toutefois bien des choses à sauver dans ta maison de l’être. Ecoutons celui qui, assis sur un coin de table, lance son aria dans ton vaudeville, un verre presque vide d’une main. Mais le tien reste plein. La glace est déjà fondue en ton whisky – boue de bataille et voyage d’idées félines. Il coule en filets moirés dont l’amer est un nœud de lianes.
jean-paul gavard-perret
Photo Florence Deba