Ann Dukhtas, Le Messager du temps

Ann Dukhtas, Le Messager du temps

Première des aventures de Nicholas Segalla, être aussi maudit qu’éternel, qui enquête sur les grands complots de l’Histoire.

Avec Le Messager du temps, Ann Dukthas entame une série atypique chez « Grands détectives ». Que l’on ne s’y trompe pas. L’auteur est un habitué de la collection dirigée par Jean-Claude Zylberstein. Il use simplement de pseudonymes. De son vrai nom Paul C. Doherty, il a commis de nombreux forfaits avec sa série Hugh Corbette, espion du roi Edouard Ier. Par la suite, il a multiplié ses noms d’emprunt : C.L. Grace, Paul Hardin et Paul Doherty. Enfin, Paul C. Doherty est professeur d’histoire médiévale. Ses récits n’en ont que plus d’envergure.

Si l’ésotérisme et le spiritualisme avaient déjà trouvé leur place, ici, c’est une tout autre histoire. Le major Nicholas Segalla a été maudit pour un serment qu’il n’a pas tenu. Contraint à l’immortalité tant qu’il n’aura pas racheté sa faute, il est le témoin des grands événements de l’Histoire. Cette première aventure de celui qui, ici, est l’envoyé de l’archevêque James Beaton le conduit en Écosse, en 1567, au secours de Marie Stuart. Celle qui fut un temps reine de France, d’Angleterre et d’Écosse vit maintenant recluse dans son château d’Édimbourg. Haïe de tous, elle doit sans cesse déjouer les complots qui la visent. Elle s’est remariée à un beau débauché, Darnley. Elle est à la merci imminente d’Elisabeth d’Angleterre et de Philippe II d’Espagne. De plus, les lords de la Congrégation écossaise, emmenés par Jacques Stuart, compte de Moray, tels des chacals, la harcèlent. Le maître aux Corbeaux a maintenant choisi de quitter sa tour de Londres pour sonner le glas d’une des plus belles femmes d’Europe.

Le décor est planté. On se retrouve au XVIe siècle entre la ville d’Édimbourg et ses alentours. À son arrivée, le major Segalla, escorté de Janette et de Vartlett, ne peut que constater les dégâts. La machination est en route. La demeure de Kirk o’Field où Darnley avait élu domicile est ravagée par une terrible explosion. Darnley et un de ses pages sont retrouvés à l’extérieur, aux côtés d’une chaise et d’une corde, morts. Leurs corps sont immaculés. Ils ont vraisemblablement été tués en s’échappant. Marie Stuart est acculée. Tous la montrent du doigt. Et surtout, les mauvaises langues et la rumeur rapportent que James Hepburn, comte de Bothwell, est son amant, et qu’il est à l’origine de cet attentat.

Pendant que la rumeur court et enfle, que Segalla vérifie les dernières allées et venues des différents protagonistes, il doit faire face à des tentatives de meurtre. Heureusement, un bras invisible semble détourner les coups mortels. Certains semblent au courant de ses faits et gestes. Le major doit aussi faire face à d’autres insistances. On rapporte, en effet, qu’un homme qui ne vieillit pas hante les cours d’Europe. Et Marie Stuart se remémore très bien sa dernière rencontre avec Nicholas Segalla.

L’Histoire retiendra le mystère qui plane autour des événements de Kirk o’Field, et la captivité de Marie Stuart, reine d’exception, à son apogée et au déclin non moins fracassant. Le major n’a pas vocation à chambouler le cours des faits. Il enquête et délivre sa thèse. Libre à Ann Dukthas, romancière et historienne éponyme, que l’on croise au début et à la fin du roman, de le croire ou non. Un manuscrit lui est transmis par le major, à la fin du siècle dernier – ultime preuve que son châtiment à lui n’est pas écoulé.

À travers ces 286 pages, c’est avant tout une grande fresque romanesque qui nous est proposée. À l’inverse de ce qu’on a pu lire dans le Da Vinci code, la dichotomie entre fiction et réalité est très claire. Ann Dukthas, alias Paul C. Doherty nous emmène à travers SON histoire, qui est aussi, pour partie, l’Histoire. Un peu à la mesure d’un Alexandre Dumas. Même talent imaginatif, précision des faits en plus. Le plus étourdissant est que le lecteur se retrouve frappé de la même malédiction que Nicholas Segalla : alors qu’il suit son enquête, cette dernière n’est vouée qu’à porter un éclaircissement. Marie Stuart n’en sera pas moins déchue à jamais. Une première aventure plus que prometteuse. La seconde, En mémoire d’un prince, nous emmènera dans une période pleine de terreur, aux tréfonds de l’insondable prison du Temple et d’un cachot en particulier, celui du Dauphin de France, Louis XVII.

julien védrenne

   
 

Ann Dukhtas, Le Messager du temps (traduit par Eric Moreau), 10-18 coll. « Grands détectives » (n° 3831), novembre 2005, 286 p. – 7,80 €.

 

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