Ann Dukhtas, En mémoire d’un prince

Ann Dukhtas, En mémoire d’un prince

Nicholas Segalla revient sur le mystère de la disparition du Dauphin.

Après Marie Stuart, reine d’Écosse, avec Le Messager du temps, où Ann Dukthas emmenait Nicholas Segalla à Édimbourg, à la poursuite du maître aux Corbeaux, un sinistre espion criminel à la solde de Walsingham, âme damnée d’Elizabeth d’Angleterre, nous voici en pleine Restauration, sous le règne douteux de Louis XVIII.

Le major Segalla, qu’une malédiction a rendu immortel, est envoyé par le gouvernement anglais pour enquêter sur la mort du Dauphin, dans la prison du Temple, en 1795. Dès avant son arrivée, il fait un détour par le trois-mâts Le Bellerophon pour une entrevue avec Napoléon, empereur déchu, en partance pour Sainte-Hélène. Et ce, afin d’avoir quelques éclaircissements sur une des disparitions les plus célèbres de l’Histoire de France, avec celle du Masque de fer. Las, Napoléon n’en sait pas autant qu’il le voudrait. L’impératrice Joséphine avait découvert une partie de la vérité. Elle en est morte. L’opportuniste Fouché a quelques soupçons. Un pan de vérité se trouve dans les méandres du cerveau du citoyen Barras, exilé en Belgique. En France, Louis XVIII en tête, tout le monde souhaite que le pays reparte de l’avant et qu’on entérine la mort de l’éphémère Louis XVII, de rachitisme, dans les geôles du Temple.

Le problème est que Segalla n’y croit pas. On lui a adjoint Tallien, un obscur et opiniâtre archiviste. Ensemble, ils vont éplucher les archives secrètes avant de retrouver Fouché et Decazes, pour un semblant de tribunal, chargé par Louis XVIII, de statuer une fois pour toutes. Pendant ce temps, l’ombre de Monsieur de Paris plane. Cet homme, envoyé mystérieux des Templiers, qui ont juré de se venger des Bourbons jusqu’à la treizième génération, a plusieurs crimes à son actif. Du banquier François du Petit-Val au fossoyeur Bertrancourt, autant de témoins d’un fait majeur, la mort du Dauphin, qui y passent. Alors, la question que se pose Segalla est : Pourquoi ?

Segalla, être immortel temporaire s’il en est, a croisé Marie-Antoinette au Trianon. Oiseau de mauvais augure, il lui avait conseillé de faire attention, en 1785, car dès alors, la révolution couvait. Celle-ci lui avait fait par de la haine que lui portaient les frères du Roi. En l’honneur de sa mémoire, et d’un médaillon qu’elle lui a donné, il s’est juré de faire la lumière sur le mystère de la disparition du Dauphin. En parcourant les rues méandreuses de Paris, et différents lieux noirs, il nous fait traverser les quelques mois emplis de Terreur qui ont vu s’abattre les têtes de Louis XVI et Marie-Antoinette, mais aussi celles de Robespierre et de Danton, ainsi que celle de Simon, le gardien du Dauphin au Temple. Une vaste machination a-t-elle été ourdie afin de permettre à Louis XVIII de régner ?

À la lecture de lettres de Marie-Antoinette, de Joséphine et d’archives toutes consultables, Ann Dukthas, alias Paul C. Doherty, professeur en histoire médiévale, nous emmène revisiter avec talent un pan de l’histoire de France qui, pourtant, ne se situe pas dans son époque de prédilection. Qu’il traite de Marie Stuart ou du Dauphin, la magie opère toujours. Les grandes énigmes de l’Histoire ne peuvent que captiver un lecteur. Segalla remonte l’Histoire à grande vitesse. Nous sommes déjà en 1815. Que nous réservera le troisième volet ?

julien védrenne

   
 

Ann Dukhtas, En mémoire d’un prince (traduit par Eric Moreau), 10-18 coll. « Grands détectives » (n° 3832), novembre 2005, 286 p. – 7,80 €.

 

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