Andrew Davidson, Les âmes brûlées

Andrew Davidson, Les âmes brûlées

Un acteur de films pornos victime d’un grave accident se retrouve en communication avec l’univers des scriptoria médévaux par l’entremise d’une femme mystérieuse

Andrew Davidson n’est pas un auteur comme les autres, et il le prouve dans son premier ouvrage Les âmes brûlées. D’une part, parce qu’à aucun moment le lecteur ne connaît le nom du personnage principal de l’intrigue, le narrateur de l’histoire ; d’autre part, parce que l’auteur nous emmène dans un voyage improbable du Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, en passant par les neuf cercles de L’Enfer de Dante.

« Que feriez-vous si vous vous réveilliez sur un lit d’hôpital, le corps brûlé et couvert de cicatrices ? » Voilà comment l’auteur nous interpelle sur la quatrième de couverture. Difficile alors d’imaginer le long voyage qui nous attend, d’autant que la première moitié de l’action se déroule exclusivement au sein du service des grands brûlés d’un hôpital. Le héros du roman, célèbre acteur de films pornos, est victime d’un très grave accident de voiture, suite à un abus d’alcool et de cocaïne. Croyant voir fondre sur lui toute une volée de flèches enflammées, il perd le contrôle de son véhicule et s’écrase au fond d’un ravin. Lorsqu’il se réveille, il est brûlé gravement sur tout le corps, au point que certains de ses membres, dont son pénis, ont fondu. Incapable de bouger, sans le moindre entourage, et « habité » d’un serpent qui remonte le long de sa colonne vertébrale et lui susurre des mots sans aucun sens, il semble condamné à attendre la mort. C’est sans compter sans l’intrusion dans sa vie d’un personnage atypique, Marianne Engel, sculptrice de gargouilles, qui lui fait un récit étrange de leur première rencontre… dans un couvent allemand au XIVe siècle.

Dès lors, leurs destins semblent inéluctablement liés l’un à l’autre. Depuis le scriptorium d’Engelthal où, au Moyen Âge, sœur Marianne travaillait à une traduction de la Bible en allemand et où elle fit la connaissance, pour la première fois, du narrateur, jusqu’à notre époque où Marianne Engel prend en charge celui à qui elle fut mariée dans une autre vie, le lecteur se trouve plongé dans un univers à la fois poétique et mystique. À travers quatre légendes mettant en scène les quatre éléments – l’eau, l’air, la terre et le feu – et le long périple accompli par Dante dans sa visite de l’enfer, première étape de sa Divine Comédie, nous suivons pas à pas le héros narrateur dans sa lente rédemption et surtout dans sa quête personnelle qui le mènera à dépasser son état physique, à accepter son corps et à passer de l’enfer à l’amour.

Sept ans. Voilà le temps qu’il aura fallu à Andrew Davidson pour écrire ce roman. Bien lui en a pris car il réussit le pari improbable de faire lire 500 pages sans que l’on soit gêné, à aucun moment, de ne pas connaître le nom du personnage principal ! Si les années qu’il a passées au Japon lui ont sûrement inspiré une partie de son roman, Andrew Davidson a su développer son propre style, sans tomber dans la banalité ou l’incohérence que l’on retrouve dans nombre d’ouvrages qui surfent sur la vague ésotérique lancée par le succès du Da Vinci Code. Non, Andrew Davidson, au contraire, se contente ici de raconter une histoire, sans message codé ou autre mystère à décrypter par le héros pour sauver le monde. Et pourtant, ce n’est pas évident de susciter et de garder l’attention du lecteur sans une intrigue bien ficelée. Mais dans Les âmes brûlées, on ne lâche pas une seule ligne. Et si l’œuvre est souvent comparée au Nom de la rose, ce n’est pas un hasard. En effet, les livres sont au cœur du roman. Avec les multiples allers-retours effectués tout au long de l’histoire entre aujourd’hui et l’Allemagne médiévale, le lecteur entre de plain-pied dans l’univers des scriptoria, à l’intérieur même des monastères et établissements religieux qui avaient à l’époque la charge de recopier ou de traduire les textes anciens. Un véritable voyage à travers le temps à plus d’un sens !

v. cherrier

   
 

Andrew Davidson, Les âmes brûlées (traduit de l’anglais – Canada – par Nathalie Zimmerman), Plon, 2009, 504 p. – 22,00 €.

 
     
 

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