Andrea Camillieri, La Pension Eva

Andrea Camillieri, La Pension Eva

Andrea Camilleri s’offre de petites vacances narratives sans le commissaire Montalbano

La Pension Eva est très différent des habituels romans policiers de Camilleri, où règne le loufoque commissaire Montalbano. Dans une note, l’auteur prévient le lecteur :
Cet écrit entend être simplement des vacances narratives que je me suis offertes au seuil de mes 80 ans. 
Mais pourquoi devrions-nous donc excuser le grand écrivain de nous offrir un roman où les mœurs sont bien légères – bien que l’Histoire soit pour le moins pénible…

Ce récit met en scène le jeune Nenè, aux prises avec un grand mystère : la pension Eva. Que s’y passe-t-il vraiment ? Aux questions auxquelles chacun a un jour eu peur d’avoir une réponse claire et distincte, les adultes (et les copains) répondent souvent de manière fumeuse.
« Papa, c’est vrai, que devant cette maison les hommes peuvent louer des femmes nues ? »
Nenè devra tout découvrir seul. Dans cette quête, il est heureusement aidé par sa généreuse cousine, la délicieuse Angela (plus âgée, cela va sans dire). On se croirait parfois de retour chez certain Petit Nicolas, naïf et aventurier, quoique cette fois-ci un peu moins innocent que son âge le laisserait sous-entendre… À un Nenè curieux succède petit à petit un Nenè expert ès jeux érotiques, aidé pour cela par les sublimes et très bavardes créatures de la pension Eva.

La Sicile est l’autre grand protagoniste du roman. L’île est, comme toujours chez Camilleri, habitée de personnages hauts en couleurs et baignée de dialecte charmeur. Mais pas seulement. La guerre vient se mêler à tout ça, et les occupantes de la pension Eva, qui avaient l’habitude de changer tous les quinze jours de « maison », s’installent durablement. On apprend à se connaître. Les récits habituellement enjoués de Grazia, Maria, Luisina… se teintent de peur mais aussi d’espoir. L’écriture souvent tendre et naïve, devient brutale. Mais comment dire autrement par temps de guerre. Il ne reste que le sexe et l’amour – doit-on alors faire la différence ? – les pensionnaires fréquentant aussi bien les résistants communistes que les blessés allemands.

La petite récréation que s’est offerte Camilleri est très touchante. Il s’en dégage quelque chose de magique, une véritable atmosphère onirique : on y croise des anges et des fées du bonheur. Parfois hélas surgissent quelques dissonances dues à une traduction laborieuse, et le texte sonne faux. Mais il faut convenir qu’il est difficile de rendre compte de façon fluide d’un parler tortueux, rempli de néologismes et d’entorses à l’italien dit « continental »…

m. piton

   
 

Andrea Camillieri, La Pension Eva (traduit de l’italien par Serge Quadruppani), Métailié coll. « Bibliothèque italienne », septembre 2007, 132 p. – 16,00 €.

 
     
 

Laisser un commentaire