André André, Si je fais la gueule à la vie pendant hyper longtemps elle va peut-être changer
Beuark !!!!
André André est le pseudonyme choisi par Sarah André pour son travail artistique qu’elle poursuit en parallèle de ses activités dans le domaine du théâtre. Ses dessins sont édités et diffusés dès 2013 par les éditions Ripopée. En 2018, elle retranscrit ses dessins sous forme de saynètes en céramique qu’elle présente lors d’une exposition personnelle à l’espace d’art Halle Nord intitulée « Arrêtez de m’émouvoir avec toute cette eau ». Toujours en quête de nouveaux supports, elle réalise en 2022 sa première bande dessinée d’après la pièce Bande originale de la Compagnie Old Masters pour laquelle elle reçoit le Prix Töpffer Genève.
Entre le carnet de dessin et le roman graphique, cette satire évoque la difficulté à accepter, soi, la vie, les autres. Avec un humour tendre, brutal parfois désespérée elle dresse le constat qu’on a déjà fait la gueule à la vie pendant assez longtemps et que, comme elle ne changera pas de si tôt, autant s’y installer en riant.
Dans le type de cette narration fragmentaire se dégage une énergie puissante. D’où une forme de parade: l’absurde le dispute à la joie. La dessinatrice n’hésite pas à dire sa colère en passant de la poésie mélancolique à la blague clownesque. Une brutalité est nécessaire face à cette histoire repoussante qu’est la vie, comme l’illustrait parfois le groupe Alice qu’elle a cocréé. La précision graphique simple crée la portée comique : les traits deviennent parfois comme incontrôlables – entre le freinage maîtrisé et le dérapage imprévu. Et ici, une énergie puissante nimbée dans une colère totale et grinçante à l’égard des autres fait qui nous sommes tous.
jean-paul gavard-perret
André André, Si je fais la gueule à la vie pendant hyper longtemps elle va peut-être changer, art&fiction, Lausanne, 2025, 72 p. – 24,00 €.