Amandine Monin, Etre une femme ça prend du temps
Infiltrations
Amandine Monin est en poésie une fascinante surprise. Elle est l’équivalente de La Grande Sophie pour la chanson. Pas de blabla chez elle ni effet de manche : elle écrit non vite mais bien pour que sa poésie soit rapide, allègre, juste. C’est n’est plus un sauvetage du féminin mais sa recomposition.
La poète sait qui sont possiblement les mères et se prive des re-pères sans stagner dans la solitude et son protoxyde d’azote. Parfois, un homme descend l’escalier pour recevoir sur l’épaule son fameux frisson d’Elle. « J’ai faim », dit une telle fleur. « Je grimpe ton talus », souffle l’autre. Mais ils se respirent à deux.
Grâce à Amandine Monin, toute femme est soleil. Elle s’habille parfois dans le papier journal du jour pour déchirer les mauvaises nouvelles. Arrachées, elles ne peuvent pas la retenir. Elle retient en revanche où, et par elle, le monde va mieux. Sa voix, dit-on, est toujours grave comme celle de Jeanne Moreau et son parfum sent le fenouil à l’anis jamais horribilis.
A sa manière, elle est Antigone sans jouer du charme sous la peau de Médée. Sa poésie est formidable et positive, aussi délicieuse que les fleurs des acacias qu’elle transforme en beignets.
jean-paul gavard-perret
Amandine Monin, Etre une femme ça prend du temps, éd Jacques Brémond, 2025, 52 p. – 16,00 €.