Alex Crippa (scénario), Andrea Mutti (dessin), Angelo Bussacchino (mise en couleurs), Nero – Tome 2 : « Arkhangelsk »
Nero part à la poursuite du Fossoyeur dans son berceau russe, dans un besoin de chasser ses propres démons.
Nero a réussi à faire arrêter le Fossoyeur, cet homme venu d’Arkhangelsk dont le père a élaboré une machine à tuer au nom du devoir de faire son deuil. Nero a récupéré le journal intime de ce tueur en série. Assisté d’un logiciel, il traduit le texte et découvre peu à peu comment un petit enfant innocent qui joue avec un chien s’est transformé en criminel qui terrorise ses voisins. Une autre vérité, implacable, voit le jour. Elle concerne plus intimement Nero. Nero était amoureux fou d’une chanteuse qui rêvait des États-Unis. Ils se sont séparés peu de temps avant le départ vers la piste aux étoiles, mais ce peu de temps a amplement suffi au Fossoyeur pour agir. Aidé du carnet, Nero retrouve le corps mutilé et couturé de son ancienne petite amie. Il sombre dans un mutisme profond avant de chercher à croiser à nouveau la route d’Ivan Vanenko, lors d’un transfert carcéral, et il assiste, impuissant, à l’évasion du bourreau russe. S’engage alors une course-poursuite qui conduit Nero à Arkhangelsk, bourgade russe, berceau du Fossoyeur. Nero s’enferme, aidé du journal du tueur, dans une chambre d’hôtel, la 11, et part à la rencontre du père de Vanenko. Le fils prodigue est de retour. Il ne tarde pas à couper un par un les fils qui le rattachent à son enfance. Nero doit agir vite pour espérer sauver une servante qui avait déjà miraculeusement survécu, dans le passé, à son assaillant.
Second volet de l’enquête de Nero, l’album fait suite à La Cinquième victime, où le détective privé de Brescia avait rencontré cet artiste chirurgien un peu particulier qui lacérait ses victimes et les recousait avant de les abandonner dans un cimetière. Dans le deuxième tome, Nero s’identifie de plus en plus à sa proie pour tenter d’anticiper ses mouvements et ses crimes. Le texte en est réduit à sa portion congrue et les planches se découvrent à une vitesse impressionnante pour donner plus de force à l’état psychique de l’enquêteur italien, qui sent la vérité accoucher alors qu’il est le seul à croire à la fuite en Russie d’Ivan Vanenko. Présent et passé alternent au gré des planches qui jonglent entre couleurs et noir et blanc. Comme dans le premier volet, la pluie est omniprésente et offre un aspect encore plus angoissant à la quête de Nero dont on finit par percevoir l’inutilité. Nero est fou de penser que lui seul peut cerner Ivan. Chez lui, la conscience morale cède peu à peu le pas à son seul désir de faire justice lui-même. Les démons de Nero sont nombreux, et ils n’entendent pas l’abandonner : cette série – ainsi transformée en une passionnante fresque psychologique – est donc amenée à se poursuivre…

julien védrenne
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Alex Crippa (scénario), Andrea Mutti (dessin), Angelo Bussacchino (mise en couleurs), Nero – Tome 2 : « Arkhangelsk » (trad. de l’italien par Pierre Frigau), Casterman coll. « Ligne Rouge », mai 2007, 56 p. – 9,80 €. |
