Agnès Valentin, Trouer la nuit
Les mots confettis mais surtout haletants d’Agnès Valentin bondissent avec humour pour rappeler l’amour. Son homme (ou celui de sa narratrice ) – sans doute parfait – entra déjà en territoire conquis mais elle-même fut conquise. Le temps tient et quand l’un boîte, l’aimée le suspend, mais parfois elle fait plus : elle se pend à lui frémissante et pudique, le tout sur paquet ciré.
Toutefois, l’histoire d’amour est plus ample qu’il n’y paraît. Le joli cœur devient et se dédouble en se nommant “l’intrus”. Celui-ci prend une autre silhouette. Plus même : c’est un concept (la vie) et un chant (son hymne).
Et soudain, c’est un peu comme si « l’écrivante » méritante aitsa langue derrière ses dents du devant et sentait bien que ce n’était pas aussi lisse qu’avant. Dans cette expérience (fictive du critique), il n’y a pas de nicotine, ni tellement de clopes. Si la poétesse tousse, c’est à cause du temps qui passe et vient avec ses avanies. Pour autant, Agnès Valentin a toujours envie d’exister et de le recommencer.
Le tout est stylé dans cet engrenage enjoué. Parfois, il faut savoir mettre de l’huile quand la machinerie peut se rouiller. Et ça soulage, crise de Covid ou autres incidents. Pas question de s’arrêter en dépit de la fatigue. La vie est devant soi et qu’importe sa limite. Chaque jour est une victoire une fête, loin du matin chagrin ou de la nuit d’insomnie. Il faut le remplacer par du dessert et des pauses café.
Ce livre apprend à draguer la vie Pas de déceptions ou d’énervement. Restent – motus et bouche cousue – les yeux doux, avant, pendant après le sexe, Au lit, à une table de restaurant, sur le quai du train ou celle à la plage et de la forêt.
Tout est ici question de partage (lecteur ou lectrice compris). Il y a toujours une occasion à qui le décide. Il y en aura encore. Pas une heure ne passe sans elle, pas une journée sans l’apprécier. Comme un réconfort et une délivrance. Mais la vie reste mystère. Cette poésie l’explique avec humour.
Inhalons sa fumée d’impalpable jusqu’à l’addiction puisqu’il faut sans doute bien mourir d’un truc. Parce que c’est comme ça et pas autrement. Mais il y a bien des choses à faire, aimer, jouir. Tant que la vie est là, elle restera. Elle remplace tous les baisers qui ne sont pas encore donnés. Il suffit de les provoquer.
jean-paul gavard-perret
Agnès Valentin, Trouer la nuit, Editions Au Salvart, 2024, 82 p. – 13,00 €.
