Esther Tellermann, Ciel sans prise

Esther Tellermann, Ciel sans prise

Ce que le nous noue

En poèmes de dix et quinze vers de peu de syllabes à peine ponctuées et parfois écartées par un blanc, s’ouvre ce qui à l’origine semblait fermé sur l’avenir ou un autre livre à venir. Il y a là bien des traces de moments plus ou moins improbables. Difficile de dégager le vrai du faux comme de savoir si une fenêtre est ouverte ou fermée.
Mais après tout qu’importe ? De l’incandescence comme d’une confusion, il ne faut pas chercher la lumière – même par l’écriture. Ce qui serait, il faut le reconnaître, se contenter de peu.

Esther Tellerman le sait. Elle connaît autant les tréfonds de la nature humaine que de la poésie qui – pourquoi pas et dans certains cas – peut ou pourrait déboucher sur l’infini. Mais il faut dire que la nature des écrivains est faible – sauf si l’on fait exception de l’auteure, elle-même sorte de météorologue de l’âme capable d’en distinguer les composants insaisissables.
C’est pourquoi elle s’amuse avec nous. Et sans vergogne. Allusions à l’Histoire ou aux petites histoires deviennent de subtiles manigances en une certaine nature luxuriante très contrôlée toutefois..

Mais il ne faut pas se faire d’illusion : l’obscurité veille. Mais pas n’importe laquelle ; avec des ombre dedans. C’est pour une telle poétesse l’occasion de rappeler qu’il est inutile de chercher à caresser la chimère. Même la plus belle d’entre elles. Preuve que Ciel est sans prise. Mais est-il encore besoin de le préciser après la si belle leçon de l’auteure ?

jean-paul gavard-perret

Esther Tellermann, Ciel sans prise, Éditions Unes, 2023, 220 p. – 20,00 €.

Laisser un commentaire