Christophe Bouquerel, La Boîte à orages
Salim, un petit voyou, a été assassiné. Autour de lui, chacun avait au moins une raison de lui en vouloir.
Salim est un lycéen de banlieue qui aurait pu être le héros d’une tragédie de Shakespeare. Il est noir. Noir de peau, mais aussi noir dans ses desseins. Sa planque, c’est un vieil abribus où avec ses camarades de classe il passe son temps à fumer pendant que Jean-Marc dessine sur les parois sous le regard énamouré de Félicité. Salim aime la belle Jihan, qui elle-même aime son prof d’histoire, Ulysse. Ce dernier a une liaison trouble avec Élise, une prof de français, adepte des jeux dangereux et mère d’une petite Juliette. Et un de ces jeux a pour pièce maîtresse Salim, le dealer, le caïd pourtant à la botte de ses refourgueurs. Pendant qu’Élise fait découvrir Roméo et Juliette, Salim court vers son destin. Vers la mort. Salim vit sa vie à cent à l’heure. Il est écrit qu’il mourra de façon violente, détruisant par là même la vie de nombreuses autres personnes. Un revolver sur sa tempe abrège son existence et ses souffrances. Qui a appuyé sur la détente ?
Chacun des protagonistes de cette tragédie, à tour de rôle, raconte sa vision des faits, apporte sa pierre à l’édifice. Tous ont vu Salim en dernier. Salim, l’être incontournable d’une cité, celui qui captive tout le monde et dont la violence fait peur. De Mme Rosenbaum, la directrice du lycée, minée par un cancer à Chabot, le parent d’élèves qui vote Front National. Et ce qui est troublant, c’est que chacun est à la fois victime et coupable. Certes, on n’est pas dans un train de l’Orient-Express (il faut relire Agatha Christie), mais Jihan, Élise, Félicité, Kevin, Mme Rosenbaum… sont autant de tumeurs dans le corps de Salim. Et ce dernier ne tient aucunement en la rédemption. Il veut finir sa vie tragiquement, il la finira tragiquement. Seule ombre au tableau qu’il avait prémédité, il ne s’attendait pas à une telle déchéance. Il ne pensait pas que ça serait plus que glauque à souhait. Félicité et Élise sont des bourreaux de l’âme encore plus pernicieux que les autres.
Surprenant roman de Christophe Bouquerel (qui est professeur de français et de théâtre en région parisienne), La Boîte à orages ne tombe jamais dans la facilité ni la médiocrité. Encore moins dans la caricature. Alors même que l’histoire est très – trop ? – noire, il y a plein de raisons d’espérer : cette histoire est aussi un puissant appel à l’amour et à la vie. On peut être grosse et beurette, on peut trouver un stage dans un salon de coiffure. Mme Rosenbaum est un mélange d’histoires passées et futures. Elle traîne comme un boulet la tragédie juive et la mort de son compagnon, terrassé par un cancer, mais personne mieux qu’elle ne comprend toute cette jeunesse, ni tout ce contre quoi elle est en colère. Rien ne sera plus pareil pour personne après la mort de Salim. Tous ces personnages se retrouveront essaimés à travers la France, avec leurs douleurs, leurs regrets et leurs incompréhensions. Et l’assassin, dans tout ça ?
julien védrenne
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Christophe Bouquerel, La Boîte à orages, Éditions du Panama, janvier 2007, 365 p. – 17,00 €. |
