André Juillard (dessinateur), Yves Sente (scénariste ), Blake et Mortimer — Tome 18 : “Le sanctuaire du Gondwana”

La magie cesse d’opérer à par­tir de la page 46.

Le lion est mort ce soir

La sor­tie d’un nou­vel album de “Blake et Mor­ti­mer” est en soi un évé­ne­ment qui sup­pose tou­jours le même rituel : une fois le pieux docu­ment en mains, cup of tea à l’appui, entre­prendre si pos­sible au calme de se délec­ter avec len­teur de cet enivrant par­fum d’enfance.
Qua­trième aven­ture réa­li­sée par le duo Sente-Juillard afin de pour­suivre le grand œuvre d’un Jacobs ayant médité la leçon de l’arrêt bru­tal de l’épopée her­géenne, confor­mé­ment aux der­niers sou­haits du grand créa­teur, “Le sanc­tuaire de Gond­wana” ne déroge point à la règle rigo­riste de confec­tion qui sied au genre : longs réci­ta­tifs, voyages dépay­sants, intrigue fan­tas­tique (plus que poli­cière ici), archéo­lo­gie, cou­leurs sur­an­nées et décors kit­chis­simes, l’indécrottable Olrik, dégui­se­ments et rebon­dis­se­ments à la happy end de bon aloi.

Sur le papier, tout com­mence avec la décou­verte par un pro­fes­seur Mor­ti­mer des plus affai­blis après son périple en Antarc­tique que la roche gra­vée qu’il en a rame­née date­rait de plus de 350 mil­lions d’années - un temps d’avant les dino­saures - et que les gra­vures de cette pierre sont iden­tiques aux ins­crip­tions d’une bague trou­vée en Afrique, sous le lac du Ngo­ron­goro par un paléon­to­logue devenu fou ensuite… Sus­pense, sus­pense donc.
Reste que, si le lec­teur est indé­nia­ble­ment charmé par le périple de Mor­ti­mer en Afrique colo­niale, dans l’ancien Tan­ga­nyka devenu le Kenya et la Tan­za­nie actuels, la magie de la ren­contre avec une civi­li­sa­tion dis­pa­rue et de mys­té­rieux guer­riers cesse d’opérer à par­tir de la page 46. Elle réap­pa­raît il est vrai quelques pages plus loin, avec un retour­ne­ment à la Volte-face qui n’est pas mal­ha­bile, mais le cœur n’y est plus. À qui la faute ? Non pas au fait que cette suite des “Sar­co­phages du 6e conti­nent” soit décou­sue, mais plu­tôt au fait que le parti pris expli­ca­tif de l’intrigue tienne à l’apparition d’une pseudo-entité fan­tas­tique, ultime legs d’une civi­li­sa­tion humaine ayant existé quelque 350 mil­lions d’années avant notre ère, qui sent le réchauffé et paraît assez expé­di­tif : on s’attendait à mieux et il eût cer­tai­ne­ment mieux valu une suite qu’une fin en queue de pois­son sur ce modèle !

Entre temps néan­moins, parmi quelques autres scènes d’action gra­tuites, on aura vu, bien servi par le des­sin de Jul­liard, impec­cable épi­gone de Jacobs, un mas­sacre total d’animaux emblé­ma­tiques de la savane : élé­phant, lion, lycaons (une grosse dizaine), presque un hip­po­po­tame - tout y passe. Mais ils sont deve­nus fous ces colons, by Jove !
En sub­stance, ce titre est par consé­quent sur­tout à réser­ver aux pas­sion­nés de “Blake et Mor­ti­mer”, qui sau­ront appré­cier les clins d’œil dis­sé­mi­nés ici et là aux titres pré­cé­dents et, véri­table trou­vaille ici, les retours de per­son­nages appa­rus dans d’autres aven­tures (jacob­siennes ou post­ja­cob­siennes) qui s’inscrivent avec per­fec­tion dans ce concept de syn­thèse architectonique/diachronique des aven­tures de nos deux héros.

fre­de­ric grolleau

   
 

André Juillard (des­si­na­teur), Yves Sente (scé­na­riste ), Blake et Mor­ti­mer — Tome 18 : “Le sanc­tuaire du Gond­wana”, Blake et Mor­ti­mer, 56 p. — 14,00 €.

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