Julien Neel, Chaque chose

Julien Neel, Chaque chose

Voilà une jolie BD pleine de justesse et d’émotions qui donne envie de faire un peu plus attention à ce qui nous entoure.

Julien (Neel, alias l’auteur !) laisse sa compagne et sa fille pour filer au chevet de son père très malade. Il se rappelle alors les vacances gratuites qu’ils ont passé ensemble, lorsqu’il était encore gamin. Son père avait accepté de porter un costume publicitaire de gros nounours bleu tout mignon, plutôt que de chercher un véritable travail de prestidigitateur. Peu à peu, on découvre que ces vacances ont joué un rôle essentiel dans la vie de chacun, un moment, une « chose » qui en a déterminé beaucoup d’autres…

Si le père est aujourd’hui presque insaisissable à cause de son état, il était bien présent dans le passé, capable d’observer son fils et de faire passer le bonheur de ce dernier avant son amour-propre. Et puis quoi de mieux que de passer ses vacances à jouer à la mascotte d’une grande marque de bonbonnes de gaz, entouré d’un cascadeur qui se retrouve chauffeur malgré lui, d’une responsable de communication plutôt charmante, d’un costume-cravate tout gentil et d’un fils obnubilé par les super-héros ? Des petits riens qu’un certain Monsieur Gallimard (présenté comme un gentleman hyperactif gentil mais complètement fou… est-ce un portrait ressemblant ?!?) publierait bien dans sa maison d’édition…

Julien Neel, que l’on connaît grâce à la série Lou ! (dans la collection « Tchô ! »), nous offre cette fois-ci un récit introspectif sur le rapport père-fils, la difficulté de traduire ses sentiments et la peur de la perte. La structure narrative est une vraie réussite, bien construite et fluide. Plus de doute possible : Julien Neel est un obsédé de la forme et du petit détail qui fait toute la différence. Il ne laisse jamais rien au hasard. La première et la dernière planche qui fonctionnent ensemble en sont le parfait exemple. Par ailleurs, les passages entre le passé et le présent sont eux aussi particulièrement soignés, digne d’un bon montage cinématographique avec à chaque fois un détail graphique qui sert de lien entre les époques.

Le dessin n’est, quant à lui, pas en reste. Il s’en dégage une impression de douceur et de finesse, un petit air d’enfance accentué par un crayonné fait de touches tout en rondeur, et par l’amour inconditionnel que Julien, même adulte, semble porter à Batman. On peut d’ailleurs admirer son très joli caleçon chauve-souris sur une des planches ! Le fond noir des pages fait ressortir les teintes mates plus ou moins sombres, selon qu’il s’agit des souvenirs d’enfance ou de l’attente à l’hôpital. Chaque chose est une jolie BD pleine de justesse et d’émotions qui donne envie de faire un peu plus attention à ce qui nous entoure.

sophie aigrot

   
 

Julien Neel, Chaque chose, Gallimard jeunesse coll. « Bayou », novembre 2006, 100 p. – 15,00 €.

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