A corps et à vie : entretien avec Katherine Detraz

A corps et à vie : entretien avec Katherine Detraz

Par son écriture Katherine Detraz (photo stéphane Sarley)  développe une double conscience. Celle du corps, celle de l’âme. L’une dit que la sobriété cause sa perte. L’autre dit son absolu mutisme. Il s’agit toujours de passer du côté de la vie avec beauté et poésie en un cérémonial « liturgique » dont l’autre est l’horizon. Jusqu’à l’ivresse par la fusion que les mots inventent et appellent. Dans les nuits d’hiver comme celles de l’été une osmose suit son cours.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Concrètement, le jour qui se lève derrière les rideaux.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je m’autorise enfin à les vivre !

A quoi avez-vous renoncé ?
Je crois que je n’ai renoncé à rien. J’ai juste appris à accepter ce qui est.

D’où venez-vous ?
Je suis née dans un petit village, à 10 km de Thonon Les Bains, Haute Savoie, dans une famille de paysans.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Concrètement, peu de choses. Et pourtant, l’essentiel, c’est à dire une éthique et un respect pour toute vie, même si je ne la comprends pas toujours.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Pourquoi se contenter de petits plaisirs ? De grands, uniquement de grands plaisirs ! Autant que je peux ! Rires…

Qu’est-ce qui vous distingue des autres écrivains et artistes ?
La grande différence est que j’ai beaucoup de lacunes !! Mais je continue d’apprendre. Et puis, j’essaie au maximum de m’éloigner de la vulgarité.

Comment définiriez-vous votre approche du corps ?
C’est la base, l’essence de toute vie. Tout passe par le corps bien avant l’intellect. Dans une volonté de tout maîtriser, notre société cherche à l’instrumentaliser et à le modéliser. C’est une erreur. Écouter son corps et les émotions qu’il nous transmet, nous permet de vivre mieux, plus serein.
Vivre librement dans son corps, accepter la sensualité comme quelque chose qui permet une ouverture vers soi.
Le sexe est la dernière des transgressions.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
C’est pas une image mais une odeur. L’odeur du vieux papier des livres de poche de la collection Le Masque, seuls livres que j’avais sous la main à l’époque. J’ai du lire à peu près tous les Agatha Christie, un été où je m’ennuyais, chez mes parents.

Et votre première lecture ?
Je garde un souvenir précis de mon apprentissage de la lecture. Décrypter les mots, c’était tout à coup comprendre le monde ! Mes premiers livres étaient ceux qui m’ont apporté cet éblouissement.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Pop, rock, variété. J’aime qu’on me raconte une histoire, même avec la musique.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Arfghgghhghh. Je manque de temps pour lire tout ce que j’aimerais. Alors relire, c’est impossible !! Par contre, de temps à autre, je retourne picorer de-ci de-là, une phrase ou un chapitre qui m’ont marqués.

Quel film vous fait pleurer ?
“Out of Africa” de Sydney Pollack ! Meryl Streep et Robert Redfort sont bouleversants !

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Moi, hélas ! Ensuite une femme qui a soif de découvrir l’humain derrière les livres. Les livres ne sont qu’un prétexte pour rejoindre l’Autre.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A tous les auteurs que j’admire…!! Mais que leur écrire de plus, à part que je les admire ?

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Je n’ai pas de lieu, ni de mythe rattaché à une ville. Mon moteur est de créer de l’émotion et de laisser une place à l’Autre pour lui permettre de dévoiler ses tripes. Découvrir l’altérité et les passions qui l’animent valent mieux qu’un mythe.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Tous les écrivains dont le corps est leur matière première. J’admire le travail de Jeanne Benameur. Mais j’apprécie également Christian Bobin pour ses fulgurances.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Des livres ! Des tonnes de livres ! Rires… J’en reçois peu, souvent par peur des doublons !

Que défendez-vous ?
La liberté ! Tout enfermement psychologique ou idéologique me hérisse le poil. Et puis la poésie !! Le monde ne se rend pas compte à quel point la poésie est vitale !

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Pas d’accord. L’Amour, tout le monde le porte en soi. Le monde crève d’un manque d’amour ! L’amour devrait se donner, s’offrir, s’épanouir, se propager au lieu de le réprimer, de l’enfermer ou de le taire.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ?
Sacré Woody !!

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Pourquoi écrivez-vous ?

Entretien et présentation réalisés par  jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 10 août 2017.

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