Frédéric Serror, Les hommes de Galilée,

Les méandres de l’affaire Gali­lée vus par l’oeil d’une femme lettrée

Et pour­tant, elle tourne…

L’idée que la terre tourne autour du soleil est idiote, absurde et phi­lo­so­phi­que­ment héré­tique. Car elle contre­dit la doc­trine de la sainte Écri­ture. écri­vait en 1616 le car­di­nal Bel­lar­min à Gali­lée. Le 12 avril 1633, dans une pièce du couvent Santa Maria de Rome, un vieil homme en che­mise de péni­tent s’avance devant ses juges. Accusé d’être un héré­tique parce qu’il affirme que la terre tourne autour du soleil, il sait ce qu’il risque. Quelques années plus tôt, parce qu’ils disaient la même chose, les livres de Coper­nic ont été mis à l’index par le tri­bu­nal de l’Inquisition et le domi­ni­cain Gior­dano Bruno a été brûlé vif.
Tous les trois, Coper­nic, Gior­dano Bruno puis Gali­lée remettent en cause une théo­rie bien éta­blie depuis 2000 ans : depuis qu’Aristote et Pto­lé­mée avait affirmé que le soleil tour­nait autour de la terre et que celle-ci était immo­bile au centre de l’univers. C’est jus­te­ment parce qu’il a démon­tré et écrit le contraire dans son Dia­logue sur les deux grands sys­tèmes du monde que Gali­leo Gali­lei doit com­pa­raître devant ses juges en 1633.

Ce scan­dale du siècle et cette atteinte au pro­grès scien­ti­fique sont les élé­ments clefs du nou­veau roman de Fré­dé­ric Ser­ror, spé­cia­liste du XVIIe siècle à qui l’on doit déjà, chez le même édi­teur, L’échelle de mon­sieur Des­cartes et Mys­tère Pas­cal. Cette fois-ci, l’auteur se penche sur la per­sonne d’un “intel­lec­tuel”, un peu moins connu du grand public peut-être, mais tout aussi déci­sif pour ce qui est de l’essor de la phi­lo­so­phie, nous avons nommé : Pierre Gas­sendi — lequel cor­res­pond avec de très nom­breux savants et pen­seurs de l’époque et cherche à pré­sen­ter, sous son meilleur jour, le sys­tème gali­léen.
Nous voici donc en 1628 : Nicolas-Claude Fabri de Pei­resc, magis­trat, col­lec­tion­neur et astro­nome, et sa nièce Camille se trouvent plon­gés au cœur d’une sen­sa­tion­nelle affaire judi­ciaire où il est ques­tion de la nais­sance d’un enfant qui n’existe pas… Au ser­vice de son oncle, Camille, l’héroïne (“fémi­niste” avant l’heure) de ce roman, décide de tout mettre en œuvre, au cours de ses péré­gri­na­tions entre France et Ita­lie, pour décryp­ter une lettre aussi énig­ma­tique que cryp­tée qu’elle a trou­vée dans un des livres de l’imposante biblio­thèque de Peiresc.

Sans le savoir, elle vient de mettre son joli nez dans une cor­res­pon­dance qui témoigne des avan­cées de Gas­sendi quant à l’essai qu’il consacre à Gali­lée, un essai que beau­coup, jésuites comme liber­tins, convoitent tant il pour­rait se révé­ler cru­cial dans les tra­cas qui com­mencent de s’abattre sur le cher­cheur ita­lien depuis peu. Les cabi­nets de curio­sité s’emballent, la reli­gion col­mate les brèches ouvertes par la curio­sité des beaux esprits et les intrigues poli­tiques vont bon train : Ser­ror, lui, s’empare avec maes­tria de cette “affaire Gali­lée” dont il res­ti­tue les res­sorts et méandres dans un roman aussi épais que savou­reux, mêlant à l’envi His­toire, phi­lo­so­phie et sciences. À la dif­fé­rence des deux opus pré­cé­dents, on ne trou­vera pas tou­te­fois en fin d’ouvrage des extraits de textes philosophiques/scientifiques, le roman­cier ayant fait le choix de plu­tôt s’inspirer de ceux-ci afin d’étayer sa trame. Pour le plus grand plai­sir des lecteurs.

Regar­der l’entretien video avec F. Ser­ror au sujet de L’échelle de Mon­sieur Descartes.

fre­de­ric grolleau

   
 

Fré­dé­ric Ser­ror, Les hommes de Gali­lée, Le Pom­mier, 2006, 395 p. — 23,00 €.

 
     
 

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