Lydie Calloud, Les voyages de l’astrolabe
L’œil du crime
Pour Lydie Calloud, le regard est une arme qui au besoin griffe l’âme où il arrive que des destins se lynchent. Mais selon sa propre rythmique,la poétesse accumule les présences. Preuve que son je n’est pas un autre mais autant multiple que un.
Ses poèmes créent aussi d’autres arborescences entre mots suaves et maux qu’on broie selon des expositions de synergie très fort entre, et qui sait ?, alcool et sabbat. Mais l’auteure fait du poème un instrument astronomique d’observation aux fonctions multiples, ici sur une projection plane que représente chaque page propre à inventer par l’écriture des projections stéréographiques du sens et du non-sens.
Le ciel peut attendre mais grâce à ce livre chacun peut lécher son haleine odorante. Entre l’or philosophal et celui des patates frites, une telle production poétique frappe. Chaque segment est un marqueur dans une accumulation de paramètres intempestifs qui jouent de bien de mécanismes analytiques ou non.
Un tel panorama devient aussi un projecteur et une projection de récepteurs sympathiques ou glauques qui, çà et là, traversent l’espace et temps. Entre trous des quarks et des fions, le sens dévisse de sa racine mais pour monter plus haut.
Il existe là une dynamique plus que terrestre et une énergie empirique là où le frustrant est gommé par un arsenal poétique et dialectique dans des rencontres inopinées. Entre le vif et le revif, tout s’anime et d’un poème à l’autre un élan de lumière brise l’obscur en le piégeant de contours souvent bruts mais parfois « glissés ».
Reste toutefois la débandade, des horizons du logos comme de la perception du monde, là où des confins amorcent des ruptures. Elles créent des élancements complexes qui placent le lecteur ou la lectrice entre deux chaises. A lui ou elle de tenir debout en de tels suspens et glissements de niveaux des surfaces et du sens.
L’évidence du logos admis perd chez Lydie Calloud ses repères. Ici, l’ombre du monde se veut extensible mais la clarté dégingandée la conteste. L’une et l’autre forment deux fleuves adjacents jusqu’à leur jonction possible entre des sillages qui changent en divers types de reculs et d’avancées.
Au besoin, le poète saisit par le revers ce qu’on oublie de contempler. Il y a parfois un ciel sur un plancher ou sur un lit. Cela s’appelle Eden et enclos. L’artiste y noue des entrelacs, crée des enchâssements. Et par scintillement de l’apparence minimale, chaque poème oblige à un recueillement : manière pour l’être de se confronter à sa propre incertitude au-delà de son grain de sa peau – pupille comprise – et de se poser la question essentielle du langage : celle du point de vue.
jean-paul gavard-perret
Lydie Calloud, Les voyages de l’astrolabe, Editions Lydie Calloud, Tresserve, 90 p. (prix non indiqué) – pour contact, voir lydiecalloud@free.fr