Gregory Rateau, L’homme d’en dessous
L’étranger
Paul Leroux a tué ses voisins. Et de sa cellule, il entreprend de raconter comment il en est arrivé là. Mais très vite, le récit déborde. Les souvenirs se contaminent, les visages se brouillent, les certitudes s’effondrent.
L’écriture de Grégory Rateau lutine entre la cruauté grotesque de Topor et l’enfermement mental des Carnets du sous-sol. En jaillit une voix, rageuse, vulnérable, irrésistiblement lucide. Celle d’un homme fracassé qui ausculte sa propre chute autant que les failles d’un monde dont il ne s’est jamais senti faire partie.
À mesure que la vérité semble se rapprocher, le réel se dérobe. Tout devient suspect : les corps, les mémoires, la ville, jusqu’aux faits eux-mêmes. Le portrait vertigineux d’une conscience en ruine.
Comme L‘Etranger de Camus, ce roman est salvateur quoique étant autant métaphysique que carcéral en une telle « ténébreuse et filiale cette confession » comme écrit Christophe Esnault. Et sous un tel Capricorne, l’originalité de Rateau surprend, bouscule les attentes des lecteurs. Il démonte en partie les ressorts narratifs de l’art et même de la politique pour en démontrer les limites.
Si bien que l’auteur brise la réalité du monde en la reclassant et en mettant en lumière l’illusoire et l’arbitraire de l’Histoire. En conséquence, ce livre est un miroir allégorique face au réel (politique et social) qui se tend à lui-même.
jean-paul gavard-perret
Gregory Rateau, L’homme en dessous, Editions Nouvelle Marge, Lyon, 2026, 120 p. – 15,00 €.