Corbeyran & Emmanuel Despujol, Caledonia – t.03 : « Les Fomôrés »
Péplum et Fantastique…
Cet album, qui clôt la trilogie, s’ouvre sur l’arrivée d’un vaisseau spatial qui s’abime en mer et sur le débarquement d’étranges créatures accueillies comme des dieux.
Enfant, Lucius Karus est initié par sa mère au Panthéon des dieux. Celle-ci lui explique que leurs histoires débordent de malveillance, de cruauté, de jalousie et de vengeance. À l’image des hommes ! Créées par les hommes ils sont parés de tous les défauts de ceux-ci.
Sur l’île, Lucius et Leta sont conviés à visiter le vaisseau. Les Fomôrés veulent confier une mission à Lucius. Mais quand Leta découvre que son frère, que sa tribu a livré aux Protecteurs, va devenir un enfant de la nuit, elle s’insurge. Elle acceptait qu’il soit sacrifié, mais pas qu’il devienne cette entité. Elle va provoquer une réaction en chaîne dramatique.
Dans le camp romain, le légat ne désarme pas et veut savoir ce qui s’est exactement passé avec Lucius qui demeure, depuis deux mois, introuvable.
Et les événements se précipitent…
Corbeyran, avec cette trilogie, propose un récit d’actions et mêle la Grande Histoire à des éléments marquants de la mythologie celtique irlandaise. Le récit débute dans la province romaine de Bretagne avec la construction du mur d’Hadrien, dans le nord de l’Angleterre actuelle. Il avait pour fonction de protéger la frontière nord des attaques des tribus occupant ce qui est aujourd’hui l’Écosse. Long de presque 120 kilomètres, ce mur, construit en six ans est flanqué de 300 tours, renforcées par 80 fortins de défense principaux et protégé par dix-sept camps retranchés. Un chantier colossal qui peut faire dire, selon la formule célèbre : Ils sont fous ces Romains !
Puis le scénariste fait évoluer son récit en intégrant les Fomôrés ou Fomoires, des êtres inhumains, des demi-dieux, présents tout au long de l’histoire mythique de l’Irlande. D’un récit historique rigoureux, il évolue vers un scénario fantastique, de science-fiction. Mais il souhaite montrer une construction de mythes liée à l’ignorance humaine qui transforme ce qu’elle ne comprend pas en une part irréelle ou, selon les cas, en une déification ou en magie.
L’évolution des rapports entre Leta et Lucius est intéressante, comme l’est cette idée que la barbarie n’est pas souvent chez ceux qui sont considérés comme des monstres, des terroristes, mais dans le discours formaté que l’on massacre pour se défendre.
Emmanuel Despujol assure un trait semi-réaliste. Il montre une belle dynamique pour les scènes de combat et sait conférer une belle expressivité aux visages des humains. Il donne aux Fomôrés une apparence proche de celle crée par les poètes porteurs des légendes. Ses décors oscillent entre la rigueur du monde militaire romain et le foisonnement de la nature où vivent les tribus.
Juliette Despujol assure la colorisation et rend les diverses atmosphères avec des tonalités froides, restitue des ambiances avec des jeux de lumière saisissants.
Avec Les Fomôrés les auteurs signent un dénouement peu commun, impossible à percevoir lors de la lecture des premières planches de la série. Ils offrent une trilogie singulière riche en actions et en retournements de situations.
serge perraud
Corbeyran (scénario), Emmanuel Despujol (dessin) & Juliette Despujol (couleurs), Caledonia – t.03 : « Les Fomôrés », Éditions Soleil, mai 2026, 56 p. – 15,95 €.