L’évangile de la nature ( Lucrèce /  Christophe Perton) – Avignon 2026

L’évangile de la nature ( Lucrèce /  Christophe Perton) – Avignon 2026

Un avertissement rappelle (besoin en était-il ?) la pertinence du texte antique pour un aujourd’hui troublé, précède le spectacle et nous en délivre l’intention : constituer les prémisses d’une sagesse pour notre temps, d’évidence…. Ainsi, il vient à nous, fervent et persuasif, tel cet Epicure qui le premier s’avança hors des murailles du monde clos… On le reconnaît à sa voix, Stanislas Nordey, surgie d’une pénombre où il s’agit de faire venir une clarté, d’esprit. On parle des atomes, des nuages, des planètes, des éléments comme s’il s’agissait de choses animées, pour mieux célébrer leur diversité et leur beauté. Le texte est présenté sous forme de séquences thématiques, dans un ordre sans doute voulu mais dont le progrès aurait pu être plus manifeste. Disciple d’Epicure, Lucrèce entend dénoncer les vaines superstitions de la religion pour lever la peur de la mort et émanciper les humains. 

Une méthode, celle des médecins : ils enduisent le bol du médicament de miel pour faire avaler la potion amère ; ici, ce savoir plus âpre et moins réconfortant que les illusions et la poésie sera le miel nécessaire. Un moyen, la physique : pénétrer la vérité, ce n’est pas nourrir une nouvelle mystique, mais bien lutter contre toute mystification. Puis Lucrèce, qui écrit en temps de crise, nous y plonge : peste, éruption, tremblements de terre dressent une pensée de la catastrophe. L’atome, le principe du monde, le clinamen, le mouvement incident, chaque couplet est offert avec une grande justesse. Dans un effort d’exactitude, une articulation caractéristique pour délivrer, après l’éloge d’Epicure, celui de la nature, celui de l’organisation du monde. Le texte nous est proposé dans une traduction renouvelée de Marie NDiaye et Christophe Perton : œuvre visionnaire, au message fébrile qui nous somme, encore après. 

Au centre du plateau, un cercle, sur lequel ou plus souvent autour duquel se déplace tantôt lentement, tantôt en courant le narrateur. Variant les rythmes de sa diction comme ses mimiques parfois empreintes d’afféterie, Stanislas Nordey sait porter ce texte avec hauteur et souplesse. Mais une question parfois se pose : l’audace du texte aurait pu autoriser une lecture plus assumée. Car les effets construisent une sorte de solennité providentielle qui ne sied pas au texte tel qu’il se donne. En fond de scène, un gigantesque écran incurvé permet de projeter des images qui font écho aux paroles proférées. Le spectacle est stimulant, suggestif, habité, même s’il apparaît parfois comme un exercice formel aux codes redondants. Mais louons ce voyage d’aspect initiatique, cette invitation à célébrer la nature en en identifiant la teneur profonde, l’intime fécondité.  

d’après De rerum natura de Lucrèce 

Adaptation, mise en scène scénographie Christophe Perton

Traduction Marie NDiaye et Christophe Perton ; composition musicale Maurice Marius et Emmanuel Jessua; scénographie Christophe Perton ; création lumière Eric Soyer ; costumes Ninon Le Chevalier ; photographies vidéo Smith, régie générale Corentin Nagler, décor réalisé par les Ateliers Paradis à Montreuil ; texte publié aux Éditions Actes-Sud Papiers, Arles, 2025. 

Au théâtre des Halles, 4 rue Noël Biret, 84000 Avignon, 

du 4 au 25 juillet 2026, relâche les 8, 15, 22 juillet, durée 1h20. 

https://www.theatredeshalles.com/spectacles/evangile-de-la-nature

Représentations du 16 mars au 3 avril 2027 au théâtre de la Concorde, Paris. 

Compagnie Scènes & Cités et TNS – Théâtre National de Strasbourg ; création le 13 décembre 2023 au Théâtre National de Strasbourg. Production Scènes & Cités. Coproduction Théâtre National de Strasbourg. Avec le soutien du Jeune Théâtre National. La Compagnie Scènes & Cités est conventionnée par le ministère de la culture et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg. 

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