Stéphane Bouquet, Six heures plus tard

Stéphane Bouquet, Six heures plus tard

Dans cette pièce (même si le genre n’est pas indiqué), les héros (une homme et une femme) ne vivent pas une histoire. Mieux : ils s’absentent et se jointoient en misant sur leur silence dans la ville des bords de mer qui est la leur. Mais c’est avant tout le mutisme qui compte. Il devient une forme d’institution, de devoir et de « joie gratuite ».
Là où le langage devient plus que secondaire, les didascalies ne sont pas des indications scéniques mais issue des profondeurs mentales. Et lorsque les personnages entrent pour une nouvelle scène, ils semblent revenir non de celle d’avant mais d’un autre temps voire de nulle part. Pour autant, leur conversation suit son cours même si le temps s’altère là où les personnages taillent quelques vagues tranches sans pour autant rappeler leur histoire. Et tant s’en faut…

Ce texte devient une suite de courtes scènes suivis de « cut » comme au cinéma. Chacun y évoque une suite de faits théoriquement objectifs (météo, possible déménagements, etc.) mais ils n’ont pas d’interactions obligatoires dans ce couple. A ce titre, nous pourrions presque appeler cette pièce « nuances » plus que « Numance » là où le temps et sa météorologies viennent et s’en vont sans logique sinon quelques impressions momentanées – et quasi érotiques juste si si le vent caresse la peau…
Le temps reste élastique. Il vient d’arriver et c’est à peine s’il peut encore être perçu. Certes, la femme – jadis élue à la mairie – a fait planter partout des mimosas, avant de démissionner. L’homme lui appelle que la place de la mairie va être renommée par son nom. Néanmoins, en dépit de quelques incipits le silence protège le silence.

Et si, vu ce baptême, une cérémonie il y aurait, six heures entières ne servirait à rien. Mais après, la loi du silence se fait entendre. Il met toujours du pain dans la soupe, du beurre dans les épinards voire du mimosas dans un vase. Et sa règle demeure : « Finalement assez », écrivait Beckett.

Stéphane Bouquet, Six heures plus tard, P.O.L, 2026, 96 p. – 19,00 €.

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