Vincent Brugeas & Mr Fab, Braquage à la Hussarde
Quand un empire s’effondre…
En 1814, l’Empire français vit ses dernières heures. Il est menacé au nord, à l’est, au sud par les Britanniques, les Russes, les Prussiens, les Autrichiens et les Suédois. Dans cette atmosphère de fin d’une épopée, cinq officiers voudraient pouvoir influer sur les événements. Ils se retrouvent quelque part entre la Marne, l’Aube et la Seine avec une troupe et deux canons.
Tout près, dans un château, une comtesse discute avec un général russe qu’elle appelle Altesse. Il est inquiet car le site n’est pas défendable. La dame, revenue d’exil, compile de l’or et des lettres de notables qui font allégeance au nouveau futur régime.
À l’issue d’un assaut rapide, les cinq officiers gagnent et se confrontent à cette comtesse et son trésor. Et c’est là que les divergences entre les objectifs des uns et des autres se font jour. Or, chacun sait que lorsque la discorde s’invite…
Les fins de règne, les fins d’époque, sont toujours porteuses de décisions, de conclusions, qui se révèlent souvent catastrophiques. Avec ce récit, le scénariste joue adroitement sur plusieurs plans. Les nationalités différentes des cinq frères d’armes amènent des points de vue divergents. En effet, le futur d’un capitaine polonais ne sera pas celui de Francisco, l’ancien aide de camp du maréchal Suchet. Et l’obtention du code pour pouvoir ouvrir le coffre, mettre la main sur les richesses, mais aussi sur les actes de trahisons des notables, va poser problème face à l’entêtement de la vieille femme. Elle veut être la première à accueillir son cousin, le futur Louis XVIII et ne veut rien lâcher.
Le scénario montre, dans une belle progression, l’évolution des différents acteurs, leur appréhension de la situation et les conséquences, pour chacun, de la défaite annoncée. Dans ce huis clos, les tensions s’exacerbent entre loyauté, trahison et ambition.
Mr Fab assure un graphisme de toute beauté. Si le dessin est réaliste, comment pourrait-il en être autrement ? Le travail sur la galerie des personnages, sur leur gestuelle, sur l’expression des sentiments, des émotions, est fouillé. Les détails ne sont pas négligés et les uniformes sont rendus avec précision, ainsi que tous les accessoires. Les décors, qu’ils soient champêtres, immobiliers ou mobiliers sont mis en valeur. Et la colorisation, volontairement neutre, renforce l’action et les ambiances du scénario.
Braquage à la hussarde a tout du thriller politique dans une situation de grands bouleversements. L’intrigue est prenante et la mise en images est visuellement très réussie.
serge perraud
Vincent Brugeas (scénario) & Mr Fab (dessin et couleur), Braquage à la Hussarde, Glénat, label Comix Buro, avril 2026, 80 p. – 18,00 €.