Sabine Jeanson, Anges et démons (exposition)

Sabine Jeanson, Anges et démons (exposition)

Génevoise, Sabine Jeanson est plasticienne depuis toujours. Son œuvre est polymorphe :  peinture, photographie, vidéo et écriture, dessin collage et objets matière à récupération, le tout dans un travail de transgression critique et lyrique. Elle a déjà  exposé (au théâtre Saint-Gervais) Je n’ai pas froid (2013), réalisé Acide Nuit  à Andata. Ritorno à Genève et Le passage des ombres à la biennale Primavera Fotográfica de  Barcelone. En outre, elle a publié et mis en lecture plusieurs de ses textes dont Le buveur Inversé et actuellement Anges & Démons.Vidéo.

Cette œuvre est un ensemble de collages numériques, verdure sur papier fort, polaroids retravaillés, argentiques n&b, peintures acryliques, dessins au crayon noir, photographies Cibachromes parfois retravaillés au crayon. Et dans cette stratégie plastique, elle poursuit son but que certain(e)s pourraient juger une mythomanie. Pour elle, l’ange est l’absence du réel puisque, par essence, il ne se matérialise pas. Certes, dans les jeux de l’enfance, il peut se revêtir des attributs que l’on souhaite lui donner : une cuirasse ancienne ciselée sous un enfant guerrier prend la mesure du torse en métal d’un humain traversant les époques, « allant troublant les ruisseaux jusqu’aux fleuves arrivant à la mer », écrit l’artiste.

Mais, poussant le jeu des enfants dans un mouvement plus large, elle provoque  l’autopsie des anges. Éviscérés, leur thorax est ouvert. Mais par-delà cette opération (entendons ouverture), nos bouches sont muettes. « Ce que nous ne disons pas, c’est le sourd qui écrit sur la surdité et dans un monde tissant des matières étranges. », écrit-elle. En ce sens, tels des  « Frères en armes », nous sommes des passeurs insensibles aux pleurs, bruits et cris. Mais avec nos ailes, femmes, hommes, dispendieux sans dieu mais de volupté, le diable est dans nos détails.

De telles figures d’anges attirent les sourires trompeurs. Mais existent en eux les bruits et la fureur. Dès lors, brisant nos ailes et nos chaînes et prenant l’enveloppe d’un homme dévorant un autre homme, les anges deviennent des démons. Toutefois, à partir de là, Sabine Jeanson martèle : « Ma croix n’est pas la vôtre, ni même le reflet sur le bitume. Je vous laisse le temps d’y penser. » Mais, de plus, ne voyant pas le corps dont elle ne peut dépendre, elle veut faire le centre d’un corps qui ne lui appartient pas. Est-ce un prétexte ou un précepte pour éviter le De Profundis Clamavi et pour savoir quelle partie sortira en cette néo Divine Comédie ?

Certes, la créatrice s’égare et s’étonne dans l’incertitude d’être là. Néanmoins, elle sait que des ailes du désir sont déployées ailleurs : « Les aigles ont des ailes, noires, d’or, les pierres, les bois sont dépeints comme des anges occidentaux, avec leurs ailes d’oiseaux fixées sur leur dos. » Mais exit les anges. Une autre créature surgit, qui ne montre jamais d’affection tant elle est « en-diablée ». Comme la déesse Kali, cet(te) ange noir(e) signale la mort de la destruction.  Il/Elle représente la transformation, la protection malgré les conflits qui paraissent. Alors, l’ange ne fait pas la bête (qui monte, qui monte) : il devient ce monstre que l’artiste scénarise et visualise. Elle baptise ainsi une sorte de double appartenance. L’homme n’y est jamais loin….

Sabine Jeanson, Anges et Démons, Galerie TCarmine, Genève, du  16 octobre au 13 novembre 2025.

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