Grazia Scanavini, La ragione dei sensi
La vie presque à l’envers
L’existence est prodigue pour l’héroïne – Anna – du livre. Elle possède une élégance naturelle, un travail qu’elle aime, un mari doux et affectueux et un beau bébé. On pourrait estimer qu’elle a tout. Mais peut-être que ce n’est pas le cas, si un soir, sans même y prêter trop attention, elle se retrouve à parler avec un inconnu dans un tchat érotique.
Un comparse – Stefano –entre dans la vie d’Anna comme une étrange vague de désir impétueux. Mais cet amour fou est vécu de loin, par email, par SMS, dans l’imagination, même la plus débridée et dans un fil de l’ombre pour atténuer une telle liaison dangereuse là où ce roman raconte cette vie.
Une passion si débordante peut-elle exiger une échappatoire « dans la vie réelle » ? Un rêve peut-il frapper à la porte d’une chambre d’hôtel, une nuit solitaire ? Ou peut-être vaut-il mieux qu’il reste tel quel? L’héroïne ruse, réfléchit. Et rien n’est contre elle, qui se conduit dans une forme d’hypocrisie et d’accord où le plaisir devient second dans cet engagement transgressif juste ce qu’il faut pour réinventer le plaisir.
Lauréate du Prix Fiuggi pour le Meilleur roman érotique italien, Grazia Scanavini explore, sans excès ni vulgarité, le vaste et mystérieux territoire de l’eros d’une femme en harmonie avec elle-même et capable d’écouter avant tout la raison des sens. L’espoir ni tout à fait trompé ni totalement plein. Le libertinage se vit sans le « crime », mais avec le temps. Il existe sans vraiment se commettre – mais sans vertu. Et de fait, elle réussit son émancipation.
jean-paul gavard-perret
Grazia Scanavini, La ragione dei sensi, Editore OneShot, Milan, 2025, 134 p. – 19,00 €.