Laurent Mauvignier, La Maison vide
Faire le ménage
Laurent Mauvignier a l’habitude d’écrire un premier jet avant de le réécrie sur l’ordinateur pour que la première « version » trouve son épaisseur. « Le passage d’un support à l’autre est très important car le matériau est mouvant, libre, flexible, et surtout : à disposition. », écrit-il. Pour lui, l’écriture parfaite ne vient jamais tout de suite : « Écrire, c’est récrire, ou réécrire. (…) C’est multiplier les couches pour ajouter ou enlever. Je passe plus de temps à récrire qu’à écrire. », ajoute-t-il.
Plus que de raconter chronologiquement une histoire, il recherche une forme romanesque de sa plénitude en faisant le tour de l’objet-livre qu’il veut parachever. Ses fantômes sortent de d’indices de lourds secrets de famille. La Maison vide invite à pénétrer en 1983 dans cette maison que son père a rouverte car il l’avait reçue de sa mère (elle était fermée pendant vingt ans).
À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur laquelle un visage a été découpé aux ciseaux. Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle. La grand-mère de l’auteur et Marie-Ernestine, mère de celle-ci, voient tous les hommes qui ont gravité autour d’elles. Toutes et tous ont marqué la maison et ont été progressivement effacés. Mauvignier les ramène à la lumière pour comprendre leurs histoires, et leur ombre portée sur lui. Mais aussi sur nous.
Ce roman sur ce qui et quoi furent des vestiges devient l’occasion de raconter la vie d’un auteur dans une structure à partir d’une matière autant documentée que trouée : histoire pour la fiction de passer du connu à de l’inconnu par le jeu de l’écriture où la fable devient vérité.
jean-paul gavard-perret
Laurent Mauvignier, La Maison vide, Éditions de Minuit, 2025, 752 p. – 25,00 €.