Tristan Mathieu, 1800 – « La main de Dieu »
Un attentat, pour quoi ?
On retrouve Armand de Calvimont et Julie de Swarte, les héros de 1800 – La Main de sang (10/18 n° 5857 – 2023). Tout commence ce 24 décembre 1800 avec l’attentat contre Bonaparte, alors Premier consul. Une énorme charge explosive ravage la rue Saint-Nicaise où passe la berline du futur empereur en route pour l’Opéra. Parce que le cocher est ivre, il échappe à la mort.
Joseph Fouché, alors ministre de la Police, et Charles-Maurice de Talleyrand, le ministre des Relations extérieures, assistent à la rage du consul. Celui-ci est persuadé que ce sont des Jacobins qui sont à l’œuvre, mais Fouché est plus circonspect. Il se lance dans une traque furieuse pour arrêter les coupables. Les cadavres se multiplient.
Après leurs aventures, Armand et Julie sont partis pour le Périgord, dans le domaine pillé, incendié pendant les années révolutionnaires. Armand entreprend de retrouver les auteurs des saccages et vols. Mais, ils ont la nostalgie de Paris. Aussi, quand Talleyrand les rappelle pour découvrir la vérité… Or, s’ils sont sous la protection du ministre, Fouché les fait surveiller. Ils sont un des derniers liens vivants entre lui et le coup d’État avorté six mois plus tôt, dans lequel les deux ministres ont trempé. Ils vont alors se confronter à un secret qui menace l’équilibre de l’Europe, une structure occulte, à des luttes d’influences, le tout face à des adversaires déterminés…
Le choix de l’année 1800 permet au romancier d’exploiter les soubresauts postrévolutionnaires qui secouent la France et particulièrement la classe politique à Paris. De plus, cette période est peu explorée. Les tensions politiques sont fortes malgré l’installation de ce nouveau régime. Les Jacobins restent une force importante et les complots royalistes sont toujours d’actualité. Deux ministres se livrent une lutte sans merci et chacun cherche à éliminer l’autre.
Entre grande Histoire et fiction, le roman s’appuie sur des faits réels pour tisser une intrigue solide et attractive au possible. L’attentat de la rue Saint-Nicaise est exact. Ce soir-là, un baril de poudre a éventré la rue faisant une vingtaine de morts et plus de cent blessés.
Tristan Mathieu, pour fonder son récit, traite nombre de thèmes. Outre la tentative d’assassinat de Bonaparte et les ramifications politiques qu’elle a entraînées, ce sont les luttes d’influence, la manipulation des événements et les jeux de pouvoir qui sont mis en lumière. Ainsi, le duel entre les deux ministres est omniprésent, relayé par des personnages qui leurs sont attachés ou redevables. C’est la mise en scène de leurs alliances, de leurs manigances.
Parallèlement, l’auteur dépeint avec talent l’atmosphère qui règne, les séquelles des événements dramatiques de la dernière décennie dans cette période charnière quand des acquis révolutionnaires vont disparaître.
Mais c’est surtout l’enquête menée par le couple de héros, riche en rebondissements où se mêlent tous les facteurs d’une recherche musclée de coupables. Ce volet introduit des données plus personnelles du couple. Le passé revient avec les blessures anciennes, les non-dits et les trahisons. Leurs relations intime est mise à mal par des dilemmes propres.
Ce second volet est passionnant grâce à l’équilibre entre suspense et rigueur historique. Tristan Mathieu allie avec maîtrise une connaissance approfondie du contexte et une intrigue dramatique.
serge perraud
Tristan Mathieu, 1800 – la main de Dieu, Éditions 10/18 n° 6 075, coll. Polar, mai 2025, 384 p. – 9,20 €.