L’edam d’abord

L’edam d’abord

Maria Massorète prend sa douche. Du tuyau jaillissent les voyelles d’un murmure aquatique entre frappe et legato. La femme chante mais ses paroles (qui ne dépassent pas l’alexandrin et qu’elle a portées dans ses poches avant d’être nue) filent au conduit en siphon dans la vasque sigillée et fendue. Elles ne servent à rien pendant que la lynchée est frappée de l’eau glacée. Mais c’est un prétexte pour affronter une chaude journée. Elle vit en un tel instant entre fêlure et roulement, en éprouvant la matière la plus subtile de l’eau et dont l’orage ne passe qu’en points d’exclamations.

Sa pluie est blanche comme l’argent ou la neige. Le reste est noir à la vitesse de la lune mais tout le monde se trompe – chacun au maximum obtient une note de 5 sur dix. . Des éclairs dans son cerveau, Maria hésite pour comprendre si l’eau monte ou descend, mais son tonnerre est éloquent et les oiseaux attendent que le bruit de la douche cesse pour chanter et comprendre que leurs racines sont dans le ciel. Il est suspendu à une décision quand l’eau tombe dès qu’elle le veut bien. Son bruit va plus vite que la lumière. Le poème du corps est ouvert.

jean-paul gavard-perret

Photo : Lucien Clergue

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