Marc Dugardin, Personne dis-tu
Dans le cœur de quelqu’un
Quand le désir vient prendre, à un moment donné, sa place, l’être a un objectif. Il croît ce qui sauve dans la douleur des mauves dans une sorte d’hymne étrange : « ce désir/ alors je ne suis / personne dis-tu // et ta voix / est une musique / qui me traverse //comme si j’avais cessé /d’être un obstacle ». L’auteur devient comme la gousse du marron qui un jour se fend. A ce titre,le désir oblige comme une grande baigneuse qui force les flots par sa violence d’ancrée harmonique ou d’aube batailleuse. Elle dit l’heure, garde sa fraîcheur et devient berceuse de nuages noués aux quatre coins de la chair.
L’auteur y éprouve en lui le torrent et le gué mais ressasse encore une marche dans le désert dans d’anciens chapitres. Il reste sur d’anciennes alliances mais change des noms, lève des pierres pour trouver de nouveaux marquages et jalons afin que ne passe pas en lui un autre et un autre mot. Si bien qu’il arrive que le désir fasse des brouillons. Marc Dugardin le met au propre et s’impose en un tel épisode nimbé d’aubes et d’auréoles. Il ne se laisse pas aller à « personne » et ici tout est sans artifices là où le ciel n’est pas un beau sacrifice. Il devient léger et décidé.
jean-paul gavard-perret
Marc Dugardin, Personne dis-tu, Editions Rougerie, 2025 – 12,00 €.