Mottes à maux

(Com­ment écrire un roman ?)

Le concret du roman ignore le réel. Il accuse ou arron­dit les angles, même des tem­pêtes dont son pré­cur­seur, Rabe­lais, fut le maître loin de tout témoi­gnage miaou­teux. Toute fic­tion peut igno­rer le monde afin de faire les choses bien. Pas de têtes à cou­per :  juste un écha­faud de langue. Son aven­ture par esprit de contra­dic­tion pré­fère l’escargot à la vitesse.

L’his­toire peut se suf­fire de par­cou­rir quelques mètres ou conti­nents et les per­son­nages une poi­gnée de minutes ou de siècles. L’essentiel reste ce que les mots diront car ils réservent l’absolu du genre dont ils sont le seul mythe de chaque des­pote et pra­ti­cien.
Son ambi­tion : créer la der des ders déran­gés, émi­grés, néga­teurs, uto­piés. Tout auteur ne veut pas savoir s’il y a eu des hommes avant lui ni ceux qui traînent leurs gamelles.

Ses mots insistent et incitent en variantes ludiques, refon­da­trices concep­tuelles et sen­so­rielles. Leur pente vers la pureté et quelle qu’en soit sa tribu ne nous inquiète jamais. Son délire demeure comme solu­tion à un pro­blème pas encore donné.
Le tout sans qu’il soit besoin de s’illusionner sur le réa­lisme ou l’imaginaire. Un véri­table roman­cier n’a plus besoin de monde mais réin­vente la langue. Cela s’appelle un beau métier.

jean-paul gavard-perret

Photo : Brooke di Donato.

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