Thierry Maugenest, La Poudre des rois

Thierry Maugenest, La Poudre des rois

Un thriller historique de facture classique hélas trop didactique…

En 1365, aux environs de Séville, un vieil ermite recueille un mourant. L’homme est atteint du Feu Saint-Sylvestre, une affection foudroyante se manifestant par une forte fièvre et des plaques rouges sur le visage et l’ensemble du corps. Avant d’expirer, il commence de se confesser, et se réfère à un péché terrible qu’il aurait commis quinze ans auparavant. Il a dans ses affaires un étrange message qui semble indiquer qu’il a été victime d’une vengeance. Mais les symptômes qui l’ont frappé ne laissent pas d’inquiéter : on craint une propagation de la maladie bien qu’aucun de ses proches n’ait été contaminé. Aussi le médecin du roi fait-il appel à l’éminent savant Harmad Ibn Akzar pour élucider cette affaire.

Très vite le récit emprunte trois voies que le lecteur suivra tour à tour : la poursuite de l’enquête en 1365, l’histoire d’un petit garçon sévillan de sept ans qui embarque avec ses parents sur une nef en partance pour Saint-Jean-d’Acre en 1350, et des extraits d’un journal intime dont on devine qu’il est tenu par l’assassin. Trois voies qui bien sûr vont converger lors du dénouement – une structure des plus classiques qui, servie par une narration au présent, est idéale pour insuffler au récit un allant de bon aloi et ménager des rebondissements bien pensés. Mais ceux-là ne sont pas au rendez-vous : le roman évoque plutôt un conte moral, où l’intrigue est surtout prétexte à leçon. L’auteur se montre exagérément didactique et l’on a trop souvent l’impression de lire sous la férule d’un maître conférencier : la moindre occasion lui est bonne pour se lancer dans des descriptions détaillées de lieux, de gestes, de rituels – et toujours selon un vocabulaire très précis, puisant par exemple dans le jargon de la navigation et de la pharmacopée – ou pour lâcher un exposé sur l’histoire de la médecine et de la pensée. Les dialogues en deviennent même parfois artificiels, notamment quand le « maître de médecine » Harmad Ibn Akzar prend la parole : aucune de ses interventions ne se départit de cette tonalité magistrale propre au locuteur dont chaque propos est porteur d’un enseignement. Et l’on remarquera combien sa toute première conversation avec le disciple du médecin royal a quelque relent holmésien…
 
Dénué de véritable suspense, englué dans ces longueurs didactiques qui finissent par lasser, ce roman est trop lisse. Bien que d’un niveau de langue soutenu, son écriture appliquée et scrupuleuse manque d’âme, et son intrigue est subordonnée à une morale par trop manichéenne : les méchants – riches, arrogants, superstitieux, méprisants envers les humbles – sont punis jusqu’au dernier tandis que les héros, eux, sont purs et incarnent sans nuances les pricipales valeurs prônées par les bien-pensants telles que le respect du maître, l’amour filial, l’altruisme, la générosité, le désir d’apprendre.

Son classicisme formel, son didactisme omniprésent – parfois pesant – et son caractère éminemment moral semblent a priori destiner ce roman à un public adolescent. Mais des adolescents bien sages, curieux, soucieux de s’instruire, respectueux d’autrui, et qui n’auront pas encore senti souffler en eux les tempêtes de la rébellion…

isabelle roche

   
 

Thierry Maugenest, La Poudre des rois, Liana Levi, 2004, 224 p. – 16,00 €.

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