René Sterne, Adler — Tome 10 : “Le Goulag”

L’on avait déjà suivi Adler en Inde, dans la jungle bir­mane, en Amé­rique cen­trale… le voilà main­te­nant aux mains de l’armée soviétique

Au nord, c’était le goulag…

Passionné de voyages, armé d’un talent cer­tain de scé­na­riste et de des­si­na­teur, René Sterne réa­lisa son tout pre­mier album en 1987, L’Avion du Nanga. Aux com­mandes, un héros à la fois clas­sique et aty­pique, brave et géné­reux, mais aussi par­fois faible et désem­paré : Adler von Berg, un jeune pilote de chasse alle­mand qui déserte la Luft­waffe en 1942 et va vivre dès lors au rythme des aven­tures qui se pré­sentent à lui. Sterne signe là le dixième album d’une série qui a su créer un conti­nuum nar­ra­tif à la fois cohé­rent et peu contrai­gnant : si chaque tome narre une his­toire com­plète, il tisse des fils ténus avec les pré­cé­dents — et laisse des amorces pour le suivant.

L’on avait déjà suivi Adler aux confins de l’Inde, dans la jungle bir­mane, en Amé­rique cen­trale, dans les Caraïbes… le voilà main­te­nant aux mains de l’armée sovié­tique, à fond de cale dans un sous-marin mili­taire. Ce sont là ses pre­miers pas — l’expression n’est pas très heu­reuse, soit — vers le Gou­lag… Et des situa­tions quelque peu conve­nues : tor­ture, empri­son­ne­ment, évasion, secours apporté à ses amis…etc. On le voit : des péri­pé­ties conven­tion­nelles qui véhi­culent des valeurs un tan­ti­net sté­réo­ty­pées — cou­rage, altruisme, géné­ro­sité, gra­ti­tude — dans un uni­vers plu­tôt mani­chéen. Avec, au pas­sage, une figure malé­fique aux traits tout de même un peu for­cés : l’abominable Drago, le com­man­dant à la cruauté aussi acé­rée que son sabre, accompagné de deux chiens loups et dont la tête de mort semble être l’ornement de pré­di­lec­tion. Autant de sim­pli­fi­ca­tions qui des­tinent la série à un jeune lec­to­rat — suf­fi­sam­ment mûr tou­te­fois pour tirer pro­fit des mul­tiples infor­ma­tions appor­tées soit par des notes suc­cinctes et précises, soit par des didas­ca­lies plus déve­lop­pées : tous les termes russes employés dans les dia­logues sont tra­duits, les sigles et expres­sions étran­gères sont expli­qués… la pre­mière planche est même consa­crée à l’histoire des goulags.

Quant aux gra­phismes, ils conti­nuent de mêler au réa­lisme sty­lisé mais scru­pu­leux des décors un trai­te­ment presque cari­ca­tu­ral des per­son­nages — pro­por­tions cor­po­relles res­pec­tées mais visages sim­pli­fiés : oreilles pro­émi­nentes, yeux réduits à des points et bouches à des lignes… — mélange qui d’ailleurs confère à la série sa per­son­na­lité. Une per­son­na­lité affir­mée impu­table aussi, sans nul doute, à la mise en cou­leur par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie. C’est, depuis le pre­mier album, Chan­tal de Spie­ge­leer qui en est char­gée, et l’on retrouve avec plai­sir ces ombres trai­tées façon gra­vure, ces a-plats colo­rés sub­ti­le­ment nuan­cés qui donnent aux teintes des tona­li­tés tou­jours justes, cha­toyantes quand il le faut sans être criardes, et res­ti­tuant la gri­saille, le terne, tout en gar­dant de l’éclat.

Le Gou­lag pour­rait être une bonne occa­sion, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, de décou­vrir une série qui certes sacri­fie à quelques faci­li­tés mais dont les attraits ne manquent pas pour séduire des lec­teurs ado­les­cents.
 
Le site offi­ciel de René Sterne et d’Adler :
http://www.rene-sterne.com

isa­belle roche

   
 

René Sterne, Adler — Tome 10 : “Le Gou­lag”, Le Lom­bard, 2003, 56 p. — 9,45 €.

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