Zoyâ Pirzâd, On s’y fera

Zoyâ Pirzâd, On s’y fera

Une attendrissante histoire d’amour dans l’Iran d’aujourd’hui, servie par un très bel objet-livre

D’abord il y a l’objet : un papier doux au toucher, une typographie et un format agréables, une couverture aux couleurs et motifs à la fois séduisants et dépaysant, sur laquelle s’étale le nom de l’auteur. Les livres Zulma réveillent chez nous l’amour de l’objet, préambule nécessaire au désir de la lecture. Comme une petite boîte, ils semblent renfermer les plus merveilleuses histoires et à l’idée de les ouvrir notre appétit pour l’écrit, pour le voyage littéraire se fait encore plus fort.

Ensuite vient la découverte des premières pages. Avec un avertissement. Cette histoire-là se passe en Iran et cela ne va pas être simple de se repérer au début. En effet, le texte est encadré d’une explication sur les appellations et diverses formules affectueuses ou de politesse usitées en persan et d’un glossaire ainsi que de plusieurs pages de notes. Il va falloir naviguer là-dedans autant que possible – un effort indispensable, surtout pour les vrais néophytes qui connaissent mal l’Iran, sa culture, ses traditions et sa littérature.

Au début il est vrai, on sera un peu perdu, déstabilisé par une écriture qui tend à l’ellipse, des références étrangères et des personnages aux prénoms compliqués dont les silhouettes restent floues pendant quelques pages. On découvre néanmoins que l’héroïne se nomme Arezou, et que, divorcée, elle s’occupe seule de sa fille Ayeh et de sa mère Mah-Monir, qui l’une et l’autre mais chacune à sa façon lui rendent la vie plutôt difficile. À la tête d’une agence immobilière, elle peut seulement s’appuyer sur son amie Shirine. Tout ceci, on le comprend vite, fait d’Arezou une femme à part dans une société bourgeoise iranienne tiraillée entre son ouverture vers l’Europe et la modernité, les traditions persanes, et la difficulté de vivre en Iran aujourd’hui. Quand Monsieur Zardjou, un client de l’agence, débarque un jour dans la vie d’Arezou, il remet totalement en question le fragile équilibre qu’elle a réussi à maintenir autour d’elle.

Cette jolie histoire d’amour, toujours entre le rire et les larmes, semblera d’abord un peu légère aux lecteurs européens, mais c’est compter sans le talent de Zoyâ Pirzâd, et compter sans Téhéran. Petit à petit l’on s’attache à ce texte agréable et souvent drôle, qu’on lisait de façon détachée, qui montre une réalité iranienne d’autant plus forte qu’elle surgit toujours dans un détour, au moment où on ne l’attendait pas et alors justement que les rapports familiaux, dans toute leur complexité, prennent sous la plume de l’auteur une force et une vérité universelles. Mais cette histoire toute simple au fond ne l’est pas tant que cela, précisément parce qu’elle est iranienne. Dans une ville colorée, parfois violente mais passionnante, on peut lire à travers les pérégrinations de ces personnages extrêmement attachants, les contradictions de toute une société.

On se plonge dans l’univers de Zoyâ Pirzâd avec un réel plaisir et On s’y fera est de ces livres qu’on est triste de refermer. On se consolera avec d’autres parutions Zulma…

l. dauzier

   
 

Zoyâ Pirzâd, On s’y fera (traduit du persan par Christophe Balaÿ), Zulma, août 2007, 331 p. – 19,50 €.

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