Yves Caro, Singe
Quand les signes font les singes
Soyons attentifs : dans une telle poésie drolatique, le singe fait signe et ne s’en prive pas. En pleine canicule ou ailleurs, il propose son Graal avant de grappiller les raisins de la colère, de la volupté et surtout de la gaudriole. Mais le Singe est plus fûté qu’il n’y paraît. Il a trouvé en Caro son semblable, son frère mais aussi son alter ego modèle : Synge.
Le poète instaure des entrées clownesque où ce n’est pas le nez rouge qui fait le pitre mais l’inverse même s’il quitte la scène après avoir dérailler les signes de nos voies ferrées dont nous sommes le chaos.
Ce destin délétère, le poète l’étouffe en une telle sotie en 49 stations de chemin du croire autrement qu’au Golgotha. Singe plus que le Christ, il a des idées larges et il connaît jusqu’ à la théorie des cordes, prêt à jouer sans doute de claves seins.
Par le rythme de ses vers (forcément libres), Caro remplit la maison de l’être des lecteurs pour empiler des plaisirs de satrape. Le tout par la lucarne du langage où le sens se tortille par antipodisme ou prestidigitation. Il glisse, même si les mains de Singe veulent le rattraper. Mais lorsqu’il monte sur scène existe encore plus un moment d’amour du public qu’un tableau de Klimt.
Singe va donc avancer jusqu’à ce que le rideau des mots se baisse. Jusqu’à la fin, il navigue sans implorer des vagues laides : grâce à Caro l’estuaire des signes s’élargit. Et qu’importe si son corps sent le départ. Des ficelles le remplacent pour nouer ses fragments presque épars. Sorti, il n’est rien un condamné à mort. Les lucioles des mots du poète éclairent son temps imparfait.
Mais si les mots font la fête en une rythmique de mille morceaux le charme se poursuit quasiment ex-nihilo. Preuve que, les rideaux tirés, l’obscurité de Singe est modeste. Il reste un amoureux et ce singe rit encore avec celle (entre autres) avec qui il partagea une beauté velue et une forte femme qui en thèmes l’atteint, tronquant quand le Marsala lasse au Martini qui empêche de mots dire et ouvre l’appétit (d’un tel livre), l’aube, la nuit ou midi. A la vôtre !
jean–paul gavard-perret
Yves Caro, Singe, Louise Bottu éditions, 2025, 60 p. – 10,00 €.